France

Un retour en force de Macron: le premier ministre Bayrou a du mal à trancher

François Bayrou semble, ces derniers temps, pâtir du retour en force d’Emmanuel Macron sur la scène politique et médiatique, à la faveur, si l’on peut dire, de tensions internationales et des inquiétudes qu’elles suscitent dans l’opinion, en France comme ailleurs. Et cela tant en termes de popularité du premier ministre que d’autorité sur son gouvernement.

De retour sur la scène politique et médiatique en temps de crise: le président Emmanuel Macron

De retour sur la scène politique et médiatique en temps de crise: le président Emmanuel Macron Photo: AFP

La popularité des deux têtes de l’exécutif serait-elle régie par le principe des vases communicants? Encore ce dernier tend-il à établir un niveau identique entre les vases en question, ce qui n’est pas exactement le cas aujourd’hui, puisque selon un sondage publié hier par La Tribune Dimanche, l’inversion des courbes donne aujourd’hui une légère avance au chef de l’Etat sur celui du gouvernement, à 27% d’opinions favorables pour le premier (soit un gain de sept points) contre 25% pour le second (soit un recul de deux points, alors qu’il en avait gagné sept le mois dernier).

Rien qui soit encore bien spectaculaire, donc, et il serait exagéré ou prématuré de parler de désaffection à l’égard de François Bayrou; mais une certaine déception est perceptible chez beaucoup de Français. Lesquels, il est vrai, ne portaient pas le premier ministre au pinacle, de toute façon. Mais ils lui reconnaissaient tout de même le mérite, non négligeable, d’avoir obtenu d’une Assemblée nationale, où son camp était largement minoritaire, l’adoption du projet de budget en échappant à une nouvelle motion de censure, contrairement à son prédécesseur Michel Barnier. Grâce, notamment, à la réouverture de négociations entre le patronat et les syndicats sur la réforme des retraites, toujours impopulaire; même si les exigences financières du réarmement européen risquent d’en rendre les travaux assez illusoires.

Le problème est que, depuis cet indéniable succès tactique, François Bayrou a presque disparu des écrans; au sens propre, d’ailleurs, puisqu’on ne l’a plus guère vu à la télévision. Si ce n’est dans une occasion fort peu susceptible de doper sa popularité, et dont il se serait évidemment bien passé: le scandale, déjà vieux de plusieurs décennies, mais qui a rebondi à la suite de nouvelles plaintes de l’établissement d’enseignement catholique de Notre-Dame de Bétharram, dans la région dont il était l’élu, le Béarn. Et à propos duquel il lui est reproché de n’avoir rien fait contre les violences, y compris sexuelles, dont des élèves y ont été victimes, alors qu’il était ministre de l’Education nationale et que ses propres enfants y étaient scolarisés.

Une certaine inexistence politique

Mais pour le reste, le premier ministre brille surtout, depuis quelque temps, par une certaine inexistence politique, qui déroute jusqu’à ses propres amis. Il y est certes aidé par un président Macron qui, lui, profite au contraire au maximum des circonstances internationales pour faire un retour en force, après être resté relativement marginalisé durant plus d’un semestre après l’étonnante faute stratégique qu’avait été la dissolution ratée de l’Assemblée l’été dernier. Au demeurant, il est constitutionnellement „chef des armées“, et par ailleurs titulaire, de façon non officielle mais bien réelle sous la Ve République, d’un „domaine réservé“ qui comprend justement la diplomatie et la défense.

Même lorsqu’il a annoncé, le 5 mars à la télévision, devant quelque quinze millions de téléspectateurs, qu’il chargeait le gouvernement de lui faire d’urgence des propositions stratégiques, Bayrou n’a affiché aucune réaction concrète, alors qu’on sait que cet Européen convaincu est fort sensible à la nécessité d’assurer la sécurité du continent. Au point que, sur cette question, c’est surtout son ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, qui fait figure d’interlocuteur unique du président, lequel l’a d’ailleurs récemment invité à déjeuner en tête-à-tête à l’Elysée. Un peu comme les questions liées à l’immigration sont devenues l’apanage du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Et lorsque Macron s’est inscrit en faux contre les intentions de ce dernier quant aux relations avec l’Algérie, au grand soulagement du Quai d’Orsay, Matignon n’a pas bronché.

D’une manière générale donc, la politique intérieure française, s’il n’y avait la préparation de différents prochains congrès (chez les Républicains, les Verts et au PS), qui s’annoncent disputés, semblerait entrée dans une sorte de léthargie. On n’entend guère parler de vrais grands projets de loi; et après des semaines d’extrême agitation politicienne, le Parlement lui-même ne travaille plus guère qu’au sein des commissions spécialisées. Et encore: sa dernière décision notable aura été de réformer son propre règlement intérieur sur une question assez décalée par rapport aux grandes préoccupations du moment: la suppression du vote des députés „par assis et debout“, au bénéfice du seul vote électronique!

Quant au premier ministre, il se garde bien d’exercer entre ses ministres les arbitrages qui seraient susceptibles de mettre fin à une certaine cacophonie dont l’étalage ternit évidemment son image. Sans doute, au temps du macronisme omniprésent, le gouvernement s’apparentait-il trop souvent à une sorte de petite cour, dont les membres avaient pour tâche essentielle de „vendre“ à l’opinion les décisions du monarque élyséen. Mais l’excès inverse ne séduit pas davantage … Surtout quand le premier ministre, dans le contexte indubitablement complexe et même périlleux qu’il connaît actuellement, s’applique à ne rien trancher. Estimant sans doute gagner du temps, mais risquant fort, en réalité, de le perdre.

0 Kommentare
Das könnte Sie auch interessieren

Für 56 Milliarden Euro

US-Investor will Universal Music kaufen

Humanitäre Hilfe

Sechs Luxemburger segeln mit zweiter „Global Sumud Flotilla“ nach Gaza