France
Le projet sur la Fête du travail a soulevé un tollé syndical
Le gouvernement Lecornu connaît décidément des jours difficiles, à un an de l’élection présidentielle jusqu’à laquelle il est au mois présumé „garder la maison“, même si personne n’en attend plus de grandes réformes ou d’autres décisions novatrices. Le début de cette semaine aura ainsi été marqué, coup sur coup, par trois micro-décisions contestées.
Avec sa proposition à faire travailler certains salariés 1er mai, Gabriel Attal (milieu) s’est mis les syndicats à dos Photo: Ludovic Marin/AFP
La première concernait une proposition de loi présentée par le groupe Renaissance, celui de Gabriel Attal, à l’Assemblée nationale, et tendant à autoriser certains commerces à faire travailler leurs salariés le 1er mai, donc lors de la Fête du Travail. Les auteurs de la proposition faisaient valoir que, pour les fleuristes et les boulangers-pâtissiers notamment, de même que pour les cafetiers et restaurateurs, éventuellement aussi pour les musées, ce jour chômé mais inclus dans le salaire était une source exceptionnelle de profit, et que ces petites entreprises s’engageaient à payer double ceux de leurs salariés qui accepteraient de venir travailler.
Mais ce qui était perçu par les uns comme une extension de la liberté du travail allait être aussitôt dénoncé par les autres comme une atteinte aux droits des salariés. Et cela pour plusieurs raisons, la première étant que le volontariat présumé de ceux qui viendraient travailler le 1er mai serait sans doute, dans bien des commerces, obtenu par des pressions. Ensuite parce que le petit gain supplémentaire qui en résulterait pour eux serait dérisoire par rapport à ce que devrait être l’augmentation générale des salaires.
A quoi s’ajoutait le fait que cette mesure risquait fort, aux yeux des syndicats, de n’être qu’un premier pas vers la généralisation du travail le 1er mai dans toutes les entreprises, privées et peut-être mêmes publiques, ruinant ainsi, à la fois, le principe de cette journée de repos conquise dans les luttes sociales, et le symbole-même que ce jour constitue pour les salariés. Les organisations syndicales pouvaient aussi se dire que dans de telles conditions, leurs traditionnels défilés du 1er mai risquaient de disparaître, ou de rassembler beaucoup moins de monde que d’habitude.
Yaël Braun-Pivet: „On ne dialogue pas“
Face à cette levée de boucliers, le gouvernement n’a pas brillé par son adresse tactique, ni le camp macroniste par son unité. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, qui voulait d’abord convoquer une commission mixte paritaire Assemblée/Sénat en comptant sur les représentants de chambre haute pour forcer le passage du texte, a dû précipitamment faire machine arrière. Quant à son ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, après avoir indiqué devant les députés qu’il „appuierait évidemment“ la proposition Attal, il a lui été chargé d’opérer un virage sur l’aile, toujours au Palais-Bourbon, en déclarant, avec un lyrisme que n’aurait pas désavoué un leader de la CGT: „Le 1er Mai, c’est la journée des travailleurs et des travailleuses! C’est le seul jour férié, chômé et payé. Ce principe général doit continuer à prévaloir.“
Le ministre du Travail a par ailleurs annoncé qu’après consultation des syndicats – mais pourquoi n’avait-on pas commencé par là? – il s’efforcerait de „trouver une réponse avant le 1er mai 2027“. Un nouveau texte délicat, en pleine élection présidentielle, vraiment? En tout cas, plusieurs de ses amis politiques ont exprimé leur agacement devant les dégâts causés au „bloc central“ par cette guerre picrocholine. Yaël Braun-Pivet, la présidente de droite de l’Assemblée nationale, a ainsi jugé cette volte-face du gouvernement symptomatique de la situation politique actuelle: „On ne discute pas, on ne dialogue pas.“
Flambée du prix des carburants
A cette reculade est venue s’ajouter, à l’Assemblée toujours, une petite déconvenue: là où il voulait laisser aux municipalités le libre choix d’instaurer des „zones à faibles émissions“ (de gaz d’échappement des voitures, en l’occurrence), rendues obligatoires en 2021 d’abord pour Paris, Lyon et Marseille, puis étendues à toutes les villes de plus de 150.000 habitants, il s’est vu imposer par une partie de ses soutiens parlementaires, rejoints par les élus du RN, une mesure d’interdiction pure et simple. Au motif qu’à l’usage, ces „ZFE“, comme on les appelle, n’ont pas significativement réduit la pollution atmosphérique urbaine, tout en privant de l’accès aux centres-villes les camions de livraison et les véhicules des habitants de la périphérie pas assez aisés pour posséder des voitures récentes, voire électriques.
Automobile toujours, pour la troisième mesure contestée annoncé par le gouvernement: pour faire face à la flambée du prix des carburants „à la pompe“, dont se plaignent évidemment les usagers de la route, il s’apprête à réduire la marge des stations-services. Le problème étant que cette marge n’est déjà que d’un à trois centimes par litre: c’est dire que ladite réduction sera infinitésimale, tout en risquant de priver les pompistes de tout revenu ou presque. Alors que la ponction fiscale de l’Etat sur les carburants, font remarquer les associations d’automobilistes, est, elle, de 33 à 36 %.