France

D’Evian à Versailles, le dernier sommet du G7 de Macron

La réunion des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est achevée mercredi à Evian, suivie par un dîner d’apparat avec Donald Trump au château de Versailles, aura constitué pour Emmanuel Macron son dernier sommet du G7.

Donald Trump betrachtet Versailles, inspiriert von neuen Ideen für den Ballsaal im Weißen Haus

Trump a-t-il puisé de nouvelles idées pour sa salle de bal de la Maison Blanche lors de son séjour à Versailles? Photo: Anna Moneymaker/Getty Images via AFP

Le calendrier diplomatique aidant, ces agapes présidentielles dans le plus royal des cadres pouvaient marquer le point d’orgue d’une décennie qui avait pourtant, vue du côté français, semblé plutôt manquer de faste.

Ainsi va, dans les démocraties où le pouvoir a toujours un terme déterminé d’avance – le temps d’un mandat électif, ou de deux, en général pas plus – le cours de la vie publique des élites politiques: le temps vient vite, toujours trop vite sans doute pour les intéressés, des derniers rendez-vous. Pour Emmanuel Macron, dernier sommet du G7, dernière commémoration, hier, de l’Appel du 18 juin du général De Gaulle au mémorial du Mont-Valérien, dernière fête nationale le 14 juillet prochain avec la traditionnelle interview télévisée de la mi-journée, puis viendront encore quelques autres occasions elles aussi ultimes, dont des sommets européens, avant de devoir passer la main, le printemps prochain, sans avoir pu concourir lui-même à sa propre succession …

On comprend donc que le chef de l’Etat ait tenu à réussir ce dernier rendez-vous-là, en attendant les autres, d’autant plus qu’il en était l’hôte puisque le sommet avait lieu en France, dans cette ville d’eau qui abrita il y a bien longtemps, en 1962, les pourparlers franco-algériens sur l’indépendance de l’Algérie. La rencontre, avant même de commencer, ne s’annonçait cependant pas sous les meilleurs auspices. D’abord parce que le président américain avait annoncé qu’il n’hésiterait pas à taxer à 100% les importations de champagne et autres spiritueux français si Paris persistait à s’opposer à la priorité que la Maison Blanche tient à accorder aux entreprises „sûtes“ (et donc avant tout américaines) en matière de brevets concernant l’Intelligence artificielle.

Ensuite parce que l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre allait inévitablement occuper une partie très importante des discussions d’Evian, alors que la France considère – et elle n’est certes pas la seule – qu’il s’agit là, au mieux, d’un mémorandum, et surtout d’une considérable reculade américaine, susceptible d’affaiblir l’ensemble du camp occidental au profit de la République islamique et de ses affidés. Enfin parce que Donald Trump, déjà coutumier de ce genre de grossièreté diplomatique, n’avait pas caché qu’il s’éclipserait probablement avant la fin de la rencontre.

Pourtant, cet ultime sommet piloté par la présidence Macron sera plutôt apparu comme un succès français. Il est vrai que ce dernier s’est ingénié, tout au long de la rencontre, à minimiser, voire à passer sous silence, des dissensions bilatérales, commerciales notamment, qui existent entre Washington et Paris. Ce qui a manifestement conduit son invité à faire de même, avec la bénédiction des représentants des cinq autres pays concernés (Canada, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Japon). Et puis surtout, le président français a su flatter sans vergogne, mais avec efficacité, la vanité de son homologue américain en le conviant personnellement, „pour célébrer le 250ᵉ anniversaire de la naissance des Etats-Unis“, à un grand dîner dans la Galerie des glaces du château de Versailles. Lequel était d’ailleurs déjà entièrement sous le contrôle des hommes du Secret Service, autrement dit de la protection rapprochée du président américain.

Trump: „Versailles, ce n’est pas du plaqué or!“

„Versailles, ce n’est pas du plaqué or, c’est du lourd!“, s’était réjoui, pouce levé, et avec son irradiante vulgarité coutumière, l’homme de la Maison Blanche. Du coup, il était resté à Evian jusqu’au bout, ne quittant en hélicoptère ce temple des eaux minérales que pour voler jusqu’au Grandes eaux de Louis XIV, qui, en effet, ne faisait pas dans le „plaqué or“. Par un de ces bienheureux hasards que les diplomates du Protocole excellent à susciter, une exposition sur l’histoire de l’amitié franco-américaine occupait déjà plusieurs salles de l’immense château.

C’est au cours de ce dîner versaillais qu’a été enfin produite l’inimitable signature trumpienne au bas de ce document qui avait fait couler tant de salive, et malheureusement de sang: le protocole d’accord sur de futures négociations entre les Etats-Unis et l’Iran. Que la France, comme à peu près le monde entier, continue de considérer en secret comme une capitulation américaine, pour tout l’essentiel – mais il était moins question que jamais de le dire, ni même d’afficher la moindre réserve à son sujet: Donald Trump n’avait pas encore décapuchonné son stylo que le président Macron éclatait en applaudissements ponctués de „Bravo! Bravo!“ d’un enthousiasme bien imité.

Comme pour bien marquer que cet „accord“, auquel bien peu de responsables semblent croire, et surtout pas lui sans doute, était un peu son œuvre aussi. Son homologue américain allait ensuite laisser entendre qu’a priori, son pays n’aurait que faire des offres de service des démineurs français, pourtant considérés comme des experts de stature internationale. Mais peu importait, du moins en ce lieu et à cet instant: les complications, déceptions et critiques viendraient plus tard.

Dans l’immédiat, Emmanuel Macron avait renoué avec ce statut présidentiel que les aléas de la politique intérieure française, autrement dit, pour tout l’essentiel, les conséquences de sa dissolution ratée de l’Assemblée nationale il y a deux ans, lui refusent le plus souvent. Tant il est vrai que la vie des puissants, même lorsqu’ils ne le sont plus vraiment, leur offre encore de temps en temps d’éphémères mais bien réconfortantes compensations.

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