Festival de Cannes
Blasé, mais pas ennuyé: „The French Dispatch“ de Wes Anderson
La vie est injuste et le critique de cinéma est un enfant gâté. Si „The French Dispatch“ avait été le premier long-métrage de Wes Anderson, l’on aurait crié au génie. Là, ce touchant éloge du journalisme (culturel) imprimé, bourré de références et agencé avec une minutie et un soin impressionnants est avant tout un résumé en forme de somme de l’œuvre du cinéaste.
Bill Murray, Wally Wolodarsky et Jeffrey Wright © 2021 20th Century Studios and TFD Productions LLC
Lors d’un séjour français de l’américain Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray), propriétaire du quotidien The Evening Son, celui-ci fonde le supplément dominical The French Dispatch, dont la rédaction sera basée à Ennui-sur-Blasé, version fictionnalisée et un tantinet plus provinciale de Paris. Après le décès du père fondateur, le testament de celui-ci stipule qu’avec son décès, c’est tout le journal qui doit cesser de paraître. Se pliant à cet accès de solipsisme aigu digne du Roi se meurt d’Ionesco, l’équipe du journal, constitué de fines plumes excentriques – l’on trouve un exilé afro-américain, une autrice qui dépasse régulièrement et de loin le nombre de caractères accordés pour son papier ou encore un reporter dont la fascination pour le monde interlope en dit long sur sa propre vie – prépare un ultime numéro en forme d’hommage et de nécrologie.