Sommet de Paris

Macron veut empêcher un duopole sino-américain sur l’IA

Le président Macron réunit depuis hier à Paris, et jusqu’à ce soir, sous l’immense verrière du Grand-Palais, un sommet de chefs d’Etat et de gouvernement, de dirigeants d’institutions, mais aussi d’entrepreneurs et de scientifiques, consacré à l’avenir de l’Intelligence artificielle, que tout le monde appelle déjà simplement l’IA. Il a annoncé pour sa part un total de 109 milliards d’investissements dans ce domaine en France durant les prochaines années, venus de différents pays.

Le sommet sur l’Intelligence artificielle se déroule sous l’immense verrière du Grand-Palais 

Le sommet sur l’Intelligence artificielle se déroule sous l’immense verrière du Grand-Palais  Photo: AFP/Joël Saget

Le président de la République peut se flatter d’avoir rassemblé, comme on dit, du „beau monde“, outre le premier ministre indien Narendra Modi dont le pays co-préside le sommet: J.D. Vance, le vice-président des Etats-Unis; Ding Xue Xiang, le vice-premier ministre chinois; Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne; Justin Trudeau, l’encore premier ministre du Canada … Et du côté des grandes entreprises concernées, Sundar Pichai, PDG de Google, ou encore Sam Altman, co-fondateur d’OpenAI, qui a créé ChatGPT, et bien d’autres.

M. Macron, en la circonstance, nourrit plusieurs ambitions. La première, tout à fait avouée et même proclamée, est de ne pas laisser l’Europe, ni donc bien sûr la France, face à cette „révolution technologique comme il y en a eu très peu dans l’histoire du monde“, a-t-il dit dimanche soir à la télévision, démunie et dispersée face aux ambitions des Etats-Unis et de la Chine, appuyées sur d’immenses ressources et une évidente avance scientifique. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, estime-t-on à l’Elysée, le monde ressemble de plus en plus à un duopole de fait entre ces deux super-puissances, et il faut à toute force éviter que ce soit en particulier dans ce domaine si neuf et potentiellement si vital de l’Intelligence artificielle, qui en conditionnera tant d’autres, sur tant de terrains.

Mais au-delà de cette préoccupation générale, Paris veut aussi que ce sommet (qui fait suite à ceux de Bletchley Park, au Royaume-Uni, en 2023, et de Séoul en 2024) poursuive la mise en œuvre, pour l’instant bien théorique encore, d’une „autonomie stratégique“ de l’Europe, qui non seulement servirait sa recherche d’une image de puissance d’équilibre entre les deux géants sur le plan diplomatique, mais aussi permettrait d’associer à sa propre progression dans le domaine de l’IA un certain nombre de pays du Sud qui commencent à s’y intéresser. Parmi les initiatives annoncées figure d’ailleurs la création d’une fondation consacrée au financement de projets logiciels en codes non verrouillés, ou de bases de données ouvertes, pour permettre que l’IA ne soit pas réservée à quelques géants, mais puisse être accessible à des pays dont le développement technologique n’a pas encore atteint ce niveau.

En troisième lieu se pose le problème de la régulation et de la fixation de normes communes, quitte à essayer au passage, pour la France, mais très certainement aussi pour de nombreux autres pays européens, de ne pas laisser lesdites normes handicaper trop lourdement, et à plus forte raison écraser, leurs propres entreprises d’IA; dont, pour Paris, la jeune et très prometteuse société Mistral. Cependant que Donald Trump évoque tranquillement des investissements de 500 milliards de dollars, et que la Chine, de son côté, a récemment bousculé les bourses mondiales avec l’irruption du Chat Bot de sa beaucoup plus modeste – financièrement – startup Deepseek.

Une dimension personnelle pour Macron

S’agissant d’investissements, les 109 milliards d’euros évoqués par Emmanuel Macron recouvrent en fait des projets qui ne sont pas tous de même nature. Ne serait-ce que parce qu’à côté de l’argent que compte y mettre l’Etat français „dans les prochaines années“ (pour l’instant, du côté des finances, ledit Etat semble plus à la recherche désespérée d’économies que de placements, fût-ce dans un domaine aussi prometteur que l’IA), d’autres fonds viendraient d’un consortium privé rassemblant des capitaux de France et des Emirats – on parle de 30 à 50 milliards d’euros – et du groupe canadien Brookfield.

A toutes ces nobles ambitions, encore difficiles à chiffrer et à dater, s’ajoute en outre, dans la démarche du président français, une dimension sensiblement plus personnelle. Il y a d’abord sa fascination déjà ancienne pour la technologie de pointe, et l’envie, après tout estimable, de voir la France jouer sa partition dans ces progrès, surtout si cela conforte en outre une image européenne qui, ces temps-ci, manque singulièrement de brio. En outre, le chef de l’Etat a toujours apprécié les grandes réunions internationales, des sommets diplomatiques à la ré-inauguration de Notre-Dame; et en être la puissance invitante, le maître de maison et de cérémonie, lui plaît particulièrement.

S’ajoute à tout cela un côté plus politicien: ce sommet d’hier et d’aujourd’hui rebraque sur lui les projecteurs, pendant que gouvernement et Parlement se débattent dans des controverses subalternes, pour ne pas dire des querelles de gros sous. On aura retrouvé, pour deux jours, le président non plus confiné en son palais, que désertent peu à peu interlocuteurs et collaborateurs, mais sous la lumière des projecteurs; et non plus pour une énième commémoration historique, mais pour orchestrer la réflexion internationale sur un projet futuriste par excellence. Gageons que cela n’aura pas été pour lui un mince plaisir.

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