France
Le second tour des municipales, indicateur pour la présidentielle?
Le second tour des municipales prend des allures de test avant la présidentielle. Alliances et tensions se multiplient, tandis que La France insoumise engrange des soutiens décisifs.
Une personne observe les affiches de campagne des trois candidats restants à la mairie de Paris Photo: AFP/Guillaume Baptiste
La campagne pour le second tour des élections municipales françaises s’achève un peu comme elle avait commencé: dans une certaine tension, mais également avec le jeu des alliances entre partis modérés et formations extrémistes – le Rassemblement national à droite et La France Insoumise à gauche –, alliances dénoncées avec beaucoup d’énergie dans les deux camps concernés.
Il faut dire que si plus de 95% des quelque 35.000 communes françaises avaient déjà désigné leur maire au premier tour, les négociations plus ou moins secrètes sont allées bon train dans nombre des 1.532 autres, là où tout restait à faire. Car les manifestations ostensibles de satisfaction des différentes formations politiques n'ont pas pu cacher, dans bien des cas, leur souci d’élargir une assise électorale dont l’insuffisance s’était manifestée dimanche dernier.
Cela, bien sûr, en tentant de rallier, ou au moins de faire se retirer de la compétition, alors qu’elles avaient pourtant passé la barre des 10% de suffrages indispensables pour pouvoir se maintenir, des listes adverses moins bien placées, mais dont l’appoint pouvait se révéler décisif. Tout particulièrement dans les grandes villes, où le scrutin est traditionnellement beaucoup plus politisé que dans les petites communes et villages. Or plus que jamais, le degré d’incertitude est élevé à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse ou Bordeaux, et quelques autres encore,
Or le contexte, à guère plus d’un an de l’élection présidentielle, fait que les résultats, dans la capitale comme dans ces grandes métropoles régionales, risquent d’être interprétés comme ceux d’une sorte de pré-sondage national dans la perspective de la course à l'Élysée.
La bataille de Paris
Il faut toutefois relever que certains maires sortants ont bravement résisté à la tentation de s’allier avec ce qui était pour eux, naguère encore, le diable. Ainsi, à Marseille, le socialiste Benoît Payan, quoique talonné par son adversaire lepéniste, a-t-il refusé de demander au candidat mélenchoniste de se désister pour lui. Même attitude à Paris, où l’ancien adjoint de la socialiste Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, a fait la même démarche, alors qu’à droite l’ancienne ministre Rachida Dati, arrivée en deuxième position, recevait l’appui de la liste macroniste Renaissance; cependant que la candidate d’extrême droite, Sarah Knafo, qui dépassait elle aussi les 10%, se retirait „non pour Mme Dati, mais pour Paris“.
À Toulouse, quatrième ville de France par la population, LFI a, en revanche, une chance raisonnable de conquérir la mairie (le total des voix de gauche au premier tour excède d’ailleurs les 52% face au maire de la droite modérée Jean-Luc Moudenc, à environ 37,5%). Les chances du parti mélenchoniste sont également sérieuses à Lille. Dans de nombreuses autres villes, le jeu reste très ouvert.
LFI a incontestablement fait une percée au point d’espérer voir ces mairies, et d’autres de moindre importance, tomber dans son escarcelle. Alors de constater bien des notabilités locales socialistes, voire la direction du PS, qui vitupéraient il y a peu contre la dérive antisémite de Jean-Luc Mélenchon et son appui à la milice ultraviolente de La Jeune garde, quémander désormais la bienveillance de ses candidats. Ce qui ne peut que réjouir ce dernier, tout particulièrement en songeant au rendez-vous électoral majeur de l’an prochain, où l’on voit mal le PS, dans ces conditions, lui opposer le moment venu une concurrence sérieuse.
Peut-on en dire autant du RN? Oui, incontestablement, en nombre de mairies conservées ou gagnées – déjà 26 au total parmi les villes de quelque importance. Mais, contrairement aux socialistes, les Républicains n’ont pas, dans l’ensemble, recherché d’alliances. Pourtant, ces derniers jours, un partage des rôles semble s’être opéré entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. La première maintenant résolument son „ni droite, ni gauche“ pour définir la position de son parti, le second mettant au contraire en avant comme priorité de battre la gauche – autrement dit de donner un coup de pouce à la droite modérée là où cela peut le lui permettre.