France

Après le rejet de la censure le débat budgétaire s’annonce très âpre

Après l’échec, jeudi, de la motion de censure lancée deux jours plus tôt par La France Insoumise et soutenue par le PCF et les Verts, mais non par le PS (voir Tageblatt du 17 janvier), une première séance de concertation avec les syndicats sur le possible remodelage de la réforme des retraites a eu lieu vendredi à Matignon. Il ne s’agissait à ce stade que de fixer les modalités de travail pour la suite des discussions.

Le premier ministre François Bayrou sort d’une réunion avec des syndicats jeudi dernier à Paris

Le premier ministre François Bayrou sort d’une réunion avec des syndicats jeudi dernier à Paris Photo: Bertrand Guay/AFP

Comme on pouvait s’y attendre, des divergences sont apparues entre les participants et les représentants de l’exécutif quant au calendrier et aux chiffres qui vont fonder le futur débat, en attendant ceux de la Cour des comptes. Mais du moins le processus est-il lancé, en principe pour trois mois, peut-être davantage en réalité, et le dialogue est enfin renoué avec les organisations syndicales sur cette réforme qui apparaissait jusqu’à présent comme imposée d’en haut sans concertation (et même sans vrai vote, compte tenu de son adoption au Palais-Bourbon par le biais de l’article 49-3).

Après cette première bataille – qui, certes, ne marque que le début d’une remise en chantier fort délicate – les forces politiques font leurs comptes. Non pas, dans l’immédiat, sur la réforme elle-même, ni l’endettement de la France qu’elle prétendait réduire, mais sur l’état dans lequel elles sortent de la confrontation parlementaire de la semaine passée. Laquelle aura notamment vu, pour la première fois avec autant de clarté, les socialistes recouvrer leur liberté de vote et d’appréciation par rapport à Jean-Luc Mélenchon et son parti, auxquels ils avaient au contraire paru, ces derniers mois, lier aveuglément leur sort, même si cette alliance commençait à se fissurer.

C’est donc un succès tactique obtenu par M. Bayrou, qui de toute façon ne risquait pas la censure du fait de l’abstention annoncée du RN de Marine Le Pen, mais a finalement réussi à convaincre le PS d’en faire autant. Succès, du moins, si – car il y a un gros „si“ – il sait maintenant gérer sa liberté retrouvée. Et cela en évitant deux écueils. Le premier serait d’apparaître comme une sorte de roue de secours du macronisme finissant, ce dont l’a d’ailleurs aussitôt accusé LFI, en des termes particulièrement injurieux puisqu’il s’est notamment vu taxer de „servilité“ à l’égard du gouvernement. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, l’a dit et redit sans ambiguïté: „Nous restons et resterons dans l’opposition.“ Une opposition qu’il faudra aux socialistes savoir doser sans compromissions.

Le RN a plus perdu que gagné

Le second écueil est à peu près l’inverse: considérer, à tort ou à raison, que LFI, discréditée, laisse ainsi libre la place de parti imprécateur qu’elle occupait. Même en retirant la grossièreté, l’antisémitisme rampant et la sympathie de principe pour les dictatures „progressistes“ qui la caractérisent, l’avenir du PS n’est certainement pas d’imiter la formation dont il semble avoir eu du mal à se déprendre, au risque – assumé désormais, manifestement – de devoir affronter des candidatures LFI contre ses propres postulants lors des prochains scrutins.

Le RN, de son côté, aura pu mesurer dans ce nouveau vote de censure qu’en s’étant prêté au premier pour renverser le gouvernement Barnier, il a sans doute bien plus perdu que gagné. Car avec le geste des socialistes, les lepénistes ont beaucoup réduit l’ascendant qu’ils étaient en train d’acquérir sur ce „bloc central“ sur lequel voulait s’appuyer le précédent premier ministre, avec, en béquille, une extrême droite qui lui ressemblait pourtant bien peu. Et qui a finalement rompu l’équilibre bien fragile qu’elle lui procurait moyennant d’embarrassantes concessions.

Restent, à l’heure de ce tout premier bilan d’étape, les deux têtes de l’exécutif. Mardi soir, M. Bayrou pouvait se féliciter d‘avoir convaincu le PS de lui laisser sa chance tout en restant son adversaire; ce qui, au passage, pourrait avoir sonné le glas de l’alliance, purement électorale, du Nouveau Front populaire. Pour autant, le premier ministre ne saurait prendre ce succès tactique, qui n’est pas négligeable, pour une vraie victoire politique de fond. La bataille autour de la refonte de la réforme des retraites ne fait que commencer; quant à l’échéance encore plus proche du budget, elle devrait réserver au gouvernement son lot de nouveaux affrontements et de mauvaises surprises, que M. Bayrou ne pourra pas éternellement désamorcer par de coûteuses concessions, en tout cas s’il ne veut pas se couper de son aile droite.

La solitude d’Emmanuel Macron

Quant au président Macron, on voit mal comment il pourrait ne pas se sentir le grand perdant de l’opération. „Son“ premier ministre (les guillemets s’imposant de plus en plus) a déjà détricoté une partie des réformes dont il voulait faire l’emblème de son passage à l’Elysée, et il n’hésite visiblement plus à s’attaquer à des points vitaux du dogme macronien, comme la retraite à 64 ans, la mise à l’écart tacite des syndicats, les réductions d’effectifs dans l’Education nationale, l’obsession – tardive – de réduire les dépenses publiques, une modulation du barème fiscal, et l’on en passe.

Le chef de l’Etat, naguère encore omniprésent, semble alterner quelques voyages qui passent cruellement inaperçus de l’opinion, comme son récent déplacement au Liban, et de trop longues périodes d’ennui morose et solitaire entre les murs de l’Elysée, que commencent à déserter certains collaborateurs. Cependant que sa voix est devenue inaudible sur la scène européenne, et qu’une cohorte d’opposants virulents, sous la double conduite de LFI et du RN, réclame à cor et à cris sa démission. Sans doute lui reste-t-il, constitutionnellement, quelque deux ans et demi avant de quitter le pouvoir; mais on a connu des fins de règne plus heureuses.

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