13 bandes-son, 13 raisons, 13 épisodes pour comprendre pourquoi Hannah Baker, jeune lycéenne d’une petite ville américaine, s’est suicidée. Il n’y a pas d’inspecteur qui mène l’enquête, comme dans les récits policiers classiques: c’est Hannah elle-même – sa voix enregistrée sur des vieilles cassettes – qui nous détaille les nombreuses raisons qui l’ont poussée à se donner la mort. Nous nous interrogeons sur le pouvoir contagieux d’une telle série, puisque le cas d’un jeune qui s’est suicidé après avoir regardé la série est avéré.

Par Julien Jeusette

Toutes les raisons du suicide de Hannah sont liées au lycée qu’elle fréquentait, un lycée clivé comme on en voit dans les films américains: des pom-pom girls, des joueurs de football américain et autres sportifs musclés, des nerds à lunettes, des poètes-rédacteurs en chef du journal du lycée, des jeunes ambitieux visant déjà Harvard et Yale … et puis les élèves qui n’appartiennent à aucune de ces catégories, comme Hannah. Et comme Clay Jensen. Amoureux d’Hannah, Clay est le personnage principal de la série, jeune taciturne sensible et intelligent qui ne recule devant rien pour faire émerger la vérité. Tout en étant en retrait par rapport aux “classes sociales” du lycée, il est la figure de la justice, une sorte de héros quotidien qu’on aimerait tous avoir eu pour ami.

Les élèves que côtoyait Hannah sont les principales causes du suicide, et chaque individu qui lui a fait du mal doit écouter les cassettes. Comme on s’en doute, les blessures subies par la jeune fille deviennent de plus en plus graves à mesure que la série progresse – cette accumulation paraîtra peut-être à certains invraisemblable.

Toute la narration se déroule dans un lycée, mais il ne s’agit en aucun cas d’une fiction s’adressant (uniquement) aux adolescents: la série permet de comprendre une génération. Pour les enfants harcelés à l’école, la maison n’est plus un refuge. Ils demeurent “connectés” à leurs problèmes via leurs smartphones et leurs ordinateurs.
Outre le questionnement sur l’emprise des réseaux sociaux et la réputation en ligne des individus, “13 Reasons Why” brasse des thèmes plus généraux tels que le pouvoir, la solitude, l’homosexualité, la prise de drogues, le viol, l’écart générationnel entre les enfants et les parents, entre les professeurs et les élèves.

Une série qui pousse au suicide

La deuxième saison, sortie il y a quelques mois, retrace le procès: les parents de Hannah attaquent l’école en justice. A nouveau, une majeure partie du récit se déroule au sein du lycée, les différents élèves craignant d’être appelés à la barre pour témoigner. Certains appelés sont courageux, d’autres moins, certains ont peur pour leur réputation, d’autres optent pour la vérité au nom de la morale: c’est la responsabilité (des enseignants, des jeunes, des parents) qui est au cœur de ces épisodes. Pleine de rebondissements, cette deuxième saison qui en appelle une troisième est tout aussi réussie que la première: les réalisateurs parviennent à créer une tension dramatique qui ne fait qu’augmenter au fil du récit.

La première saison avait été accueillie avec enthousiasme par les uns, avec méfiance par les autres: la série éclaire-t-elle la situation des élèves en difficulté ou pousse-t-elle les plus vulnérables au suicide? Beaucoup d’élèves sont confrontés aux problèmes
auxquels Hannah fait face – ceux-ci ne seraient-ils pas dès lors encouragés à imiter son geste?

Un petit air de Werther?

A ce jour, un seul suicide est avéré, au Pérou, où un jeune homme s’est suicidé en laissant des cassettes. Les sociologues entrés dans le débat (rappelons que l’un des pères de la sociologie, Emile Durkheim, a écrit un livre majeur sur le suicide à la fin du 19e siècle) évoquent le facteur “contagion” dans le cas des suicides.

Représenter (de façon un peu glamour, il faut bien le dire) une jeune fille qui met fin à ses jours pourrait ainsi générer des comportements similaires. D’autant que l’on s’identifie facilement aux personnages de la série. Mais les sociologues soulignent également que la plupart du temps, le suicide est lié à une maladie mentale bien plus qu’à des causes (exclusivement) sociales – la série n’est donc peut-être pas tout à fait réaliste.
Saisir l’impact d’une fiction sur le comportement réel des individus est une question complexe, et le débat reste ouvert. Mais désormais, les créateurs semblent bien conscients de l’impact potentiel de leur série sur les spectateurs.

Depuis la seconde saison, plusieurs avertissements ont été rajoutés: avant l’ouverture du premier épisode, les acteurs témoignent maintenant en leur nom propre – “Hi, I’m Katherine Langford and I play Hannah Baker” – pour avertir les spectateurs que les problèmes abordés dans la série sont graves et pour briser d’emblée l’identification que l’on pourrait établir avec les personnages.

“’13 Reasons Why’ est une série fictionnelle” précise une actrice, et poursuit: “Nous espérons que notre série pourra amener les gens à parler. Si vous avez des problèmes comme la protagoniste, elle peut ne pas être appropriée pour vous.” Enfin, un site web donne accès aux numéros de téléphone des centres de prévention du suicide dans chaque pays.

Avec “13 Reasons Why”, la plateforme Netflix se diversifie et dépasse, peut-être malgré elle, le stade du divertissement. En revendiquant une potentielle action vertueuse sur le comportement des spectateurs, elle se pose en instance morale incontournable.
Qu’on le veuille ou non, Netflix fait désormais partie de notre réel et ses séries contribuent à nous façonner.

3 Kommentare

  1. Non, les sociologues – surtout et avant tout Emile Durkheim – ne soulignent EN RIEN les causes psycho-pathologiques du suicide! Ce sont au contraire des causes sociales – qui ont donc trait à la société et non à l’individu! – qui sont invoquées : “Voilà d’où vient la grande différence qui sépare le point du vue du clinicien de celui du sociologue. (…) C’est la constitution morale de la société qui fixe à chaque instant le contingent des morts volontaires. Il existe donc pour chaque peuple une force collective d’une énergie déterminée qui pousse les hommes à se tuer.” (E.Durkheim, Le suicide, 1897). C’était justement LÀ l’innovation de l’approche durkheimienne – s’élever au-dessus du cas particulier pour appréhender la société dans sa totalité (cf le concept du “fait social total” de son neveu, Marcel Mauss). Veuillez revoir les classiques avant de les citer de façon tordue et résolument antagoniste à l’idée initiale…

  2. Schued. Eng Chance verpasst fir een déifgrënnegen Artikel ze schreiwen. Ouni den Auteur wëllen unzegräifen fannen ech dass den Artikel relativ informatiounslos, well den gréissten Deel den Inhalt vun der Serie beschreift, an et manner ëm Selbstmord, oder den Werther-Effekt geet. Dat hätt ech och kinnten op IMDB oder am Telecran liesen, an dat ass schued.

    An Fro stellen sollt een och d’Ausso “[…]le suicide est lié à une maladie mentale bien plus qu’à des causes (exclusivement) sociales[…]” -> ALL Mënsch kann sech an enger Situatioun ërëmfannen, wou ëm d’Gedanken vunn engem Selbstmord an den Kapp kommen, an eng Spiral no ënnen kann ausgeléist ginn. Dëst betrëfft NET NËMMEN Mënschen mat enger Psychopathologie! An beim jonken Mënsch, deen nach manner Ressourcen an ëmmer manner sozial Kompetenzen huet, ass déi Gefor nach méi grouss. Ëmsou méi wann och nach Drock an Harcèlement aus dem Peer-Gruppe kënnt.

    Begréissenswäert sinn déi zum Schluss erwäänten Initiativen vun den Realisateuren an Producteuren vun der Serie.

  3. Wat en Drama. Wéi de Goethe ‚Die Leiden des jungen Werthers‘ geschriwwen hat, du sinn och honnerte Jugendlecher vun den Diecher gesprongen.
    Dat war net dem Buch seng Schold.

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