Le 7 novembre 1940, un convoi de près de 300 expulsés juifs, hommes, femmes et enfants, quitte Luxembourg en direction de Lisbonne. Suite à un Ausweisungsbefehl du Chef der Zivilverwaltung (CdZ), ce transport est organisé en collaboration forcée par le Consistoire, désigné seul interlocuteur pour tout ce qui touche aux personnes définies comme juives par les lois raciales nazies, avec l’assistance d’administrations luxembourgeoises, sous le contrôle de la Gestapo. D’autres convois de même importance sont prévus pour vider définitivement le territoire luxembourgeois de sa population juive. Ce texte regarde deux moments précis de cette Freimachung de 1940: le relevé des Juifs de la Ville par des policiers luxembourgeois en août et l’ordre d’expulsion reflété dans des demandes de familles juives en septembre.

Le 6 août 1940, Gustav Simon se met en scène sur la place d’Armes, entouré de gradés allemands, encadré par les hommes de la Schutzpolizei, pour lancer son programme de germanisation. Il sait l’autorité des Chefs der Zivilverwaltung à l’Ouest renforcée par un Führererlass, encore tenu secret. Une collecte de signatures en faveur du maintien de la souveraineté nationale, lancée dans les institutions et les administrations, est rapidement étouffée. Le 13 août, lors de l’instauration de l’Oberbürgermeister Hengst, Simon martèle ses conditions: „Die Einrichtung einer deutschen Zivil-Verwaltung durch den Führer und Reichskanzler des Großdeutschen Reiches hat rechtlich einen neuen Zustand geschaffen. Entsprechend diesem Zustand ist künftig in allen Schriftsätzen der Gebrauch der Ausdrücke ,Großherzogtum‘ oder ,Land Luxemburg‘ zu unterlassen. Alle luxemburgischen Beamten haben nur eine Verpflichtung, Treue zu üben gegenüber der deutschen Zivilverwaltung und den von ihr eingesetzten Organen.“

Le 31 août la presse publie un appel à l’annexion au Reich, signée par 32 personnalités luxembourgeoises du monde politique et de la société civile. En ce mois d’août, l’Aufbauwerk du CdZ est lancé: prise en main des administrations, création d’un réseau de Ortsgruppen de la Volksdeutsche Bewegung (VdB). Le tout dans un climat d’agitation et de propagande nazie. Les Stoßtruppen de la VdB s’attaquent aux porteurs d’insignes luxembourgeois, aux francophiles, aux Juifs.

Déjà le Luxembourg est incorporé au territoire du Reich: la frontière avec la Belgique et la France occupée devient Reichsgrenze. Un réseau de postes de frontière du Zoll allemand et de la Grenzpolizei est opératif dès le 15 août. Simon décrète l’interdiction du retour des réfugiés d’origine française ou juive. Ce „Rückkehrverbot“, transmis par la commission administrative, contient la définition du Juif du „Reichsbürgergesetz“ de 1935 et précise que les personnes d’ascendance alsacienne ou lorraine ne sont pas à considérer comme Français.

A l’intérieur des frontières, la population juive est enregistrée.

La „Verordnung über das jüdische Vermögen in Luxemburg“ introduit les lois raciales et constitue la base légale pour les spoliations. Elle paraît dans la presse le 7 septembre. L’Obermosel-Zeitung, qui a une édition dominicale, la publie le dimanche 8 septembre, jour de la visite du Reichsführer SS Himmler.

Le 12 septembre, le CdZ ordonne l’expulsion des Juifs endéans les quinze jours. Ils devront avoir quitté le pays avant les débuts de la nouvelle année juive.

Août 1940 – „Verzeichnisse: les degrés d’une collaboration

Les 18 et 19 août, 41 agents et brigadiers de police luxembourgeois procèdent au relevé des Juifs habitant la Ville de Luxembourg. Leurs Verzeichnisse, par Revier et par rue, enregistrent 1864 personnes considérées comme juives. Les rapports indiquent nom et profession du chef de famille et le nombre des autres membres de la famille habitant l’adresse. Cinq partenaires sont désignés comme „arisch“ ou „katholisch“. Près de 300 personnes sont désignées comme émigrées, absentes ou en fuite.

Les Verzeichnisse sont établis à la demande du commissaire Jean-Pierre Kaiser à qui deux rapports sont nommément retournés. Une indication du Schriftverkehr de la Gestapo pour 1940 complète leur parcours administratif. A la date du 22 août, il mentionne un Verzeichnis transmis par la Polizei-Direktion au Einsatzkommando. La note figure sous la rubrique: Freimachung des Landes Luxemburg von den Juden.

Les en-têtes des rapports reflètent la situation des agents. Le papier officiel des rapports de police porte „Verstaatlichte Lokalpolizei“, „Polizei-Kommissariat der Stadt Luxemburg“ et les armoiries avec lion et couronne. Or, depuis le 14 août, l’utilisation de symboles nationaux est interdite. Si neuf Verzeichnisse sont bien écrits sur papier officiel, le blason a été biffé par trois agents. Quatre rapports utilisent l’intitulé allemand „Stadt-Polizei Luxemburg“. L’épisode, étape dans l’intégration de la force publique à l’appareil policier du Reich, illustre les degrés de collaboration.

A partir du 15 août à midi, les forces de police sont tenues de saluer avec le „Deutsche Gruß“. Dès le 16 août, Wetter demande à la commission administrative de préparer huit Polizei-Sachgebiete, affaires en cours comprises, pour transfert sous son administration directe. Les préparatifs doivent être terminés pour le 26 août.

Cette évolution engage l’avenir professionnel du commissaire Kaiser et du directeur de la police luxembourgeoise Joseph Michel Weis. Kaiser est membre du VdB depuis le 21 août d’après son dossier d’épuration. Dans une correspondance de 1941 il fait remonter son adhésion à juillet.
Weis signe la déclaration „Heim ins Reich“ du 31 août. Il va adhérer au VdB le 1er octobre et organiser l’adhésion collective de la Lokalpolizei le 4 octobre.

Un autre policier joue un rôle dans l’ombre: Léonard Marnach. Collaborateur de l’Abwehr dès la fin des années trente, il est affecté au Stab du CdZ le 12 août. Sur instruction du CdZ, Albert Wehrer, président de la Commission administrative, signe son avancement le 20 août. D’agent de 2e classe, Marnach est promu au grade de brigadier de police, „wegen seiner Verdienste um die Herbeiführung eines guten Verhältnisses zwischen der Deutschen und der luxemburgischen Polizei“. Devenu brigadier en chef en mars 1941, il passe au service de l’Abwehr à Bordeaux.

Septembre 1940: Ausweisungsbefehl – le reflet des Gesuche

Le 16 septembre, face à l’ordre d’expulsion, le Consistoire adresse un mémoire au Reichsführer SS. On peut lire ce texte dans les livres de Paul Cerf. L’impact de la décision d’expulsion laisse des traces dans trois fardes du Fonds Consistoire aux Archives nationales de Luxembourg. Elles contiennent 127 demandes d’exemption de l’obligation d’émigration, classées alphabétiquement.

Ecrites par des personnes âgées, souffrantes, ou par un membre de leur famille, elles sont adressées au Consistoire, pour qu’il les remette aux autorités allemandes: CdZ et Staatspolizei. Les lettres sont accompagnées de quelque 80 certificats établis par près de 40 médecins et s’échelonnent du 13 au 25 septembre 1940. 96 demandes sont rédigées du lundi 16 au dimanche 22 septembre. Les mots qui désignent l’expulsion varient: Umzug, Verschickung, Auswanderung, Weiterwanderung, Auswanderungspflicht, Auswanderungszwang.

Szija Felsen Poller (Luxembourg) écrit pour sa fille Jeanne, neuf ans. Elle vient d’être opérée. Il demande un délai d’expulsion pour sa famille, jusqu’au rétablissement de la petite. Si refus, il est prêt à partir seul, mais qu’au moins la mère puisse rester le temps que Jeanne reprenne forces. Gertrud Knina (Mersch) détaille la situation de ses parents, âgés de 84 et 81 ans: „Meine Eltern verlassen zu müssen, die ich durch so viele Jahre mit aller Liebe gepflegt, ist entsetzlich. Wären die Eltern nicht, würden wir gewiss nicht bleiben wollen, wenn man uns nicht will. Nur solange diese alten kranken Menschen noch leben, bitten wir inständig bei ihnen bleiben zu dürfen.“

Une lecture chronologique des „Gesuche“ reflète l’évolution de négociations en cours.

A partir du 16 septembre, il est question d’une limite d’âge de 68 ans. Mais quid d’un couple dont l’un des partenaires est plus jeune? A partir du 19, des personnes se déclarent prêtes à un contre-examen par un médecin au choix du CdZ, à accepter le lieu de résidence qu’il leur assigne. La garantie de moyens suffisants de subsistance devient une condition indispensable. Des familles luxembourgeoises insistent sur leur caractère „alteingesessen“, des personnes originaires d’Allemagne soulignent une participation à la guerre de 14-18 ou un veuvage de guerre.

Elly Abendstern-Meyerhoff (Wiltz, 19 septembre) joint à la demande qu’elle envoie pour ses parents une lettre qui reflète sa peur de ne pas être conforme: „Anbei übersende ich Ihnen das Gesuch für meine Eltern in der Hoffnung, daß ich es ordnungsgemäß aufgesetzt habe. Falls es den Erfordernissen nicht entspricht, benachrichtigen Sie mich doch bitte sofort telefonisch (die Auslagen erstatte ich zurück), da die Betreibung der Auswanderung von hier aus, wie Sie wissen, mit Schwierigkeiten verknüpft ist. Ebenfalls bitte ich herzlich darum, mich von etwa herausgegebenen neuen Verfügungen oder Möglichkeiten zu unterrichten.“

En octobre 1940, endéans quelques jours, une population juive quatre fois plus nombreuse que celle du Luxembourg, est expulsée de Bade et de Saarpfalz vers la France non-occupée. Au Luxembourg, l’expulsion a été annoncée avec brutalité, pour ensuite se changer en une „émigration“ forcée sous le contrôle de la Gestapo. Entre le 15 septembre et le 6 octobre plus de 1.000 „Antragsteller für die Ausfertigung von Reisepässen zwecks Auswanderung“ sont registrés et les demandes transmises à la commission administrative.

Après la crise de Bayonne que le convoi du 7 novembre 1940 déclenche, l’émigration continue sous le nouveau chef de la Gestapo, Fritz Hartmann, from Eichmann’s staff selon Christopher Browning. Jusqu’à l’octobre 1941. Le 15 octobre part un dernier USA-Transport. Le 16 octobre, plus de 300 personnes, hommes femmes et enfants, quittent la gare de Luxembourg dans un Polen-Transport.

4 Kommentare

  1. Ein schwarzes Kapitel auch in der Geschichte des Zweiten Weltkrieges hier in Luxemburg. Viele, allzuviele haben weggeschaut. Viele rücksichtslose Schmarotzer haben von ihrer Ausweisung und ihrer Einweisung in die Konzentrationslager aufs infamste profitiert und sich auf ihre Kosten skrupellos bereichert.

    • Ët muss een differenzéieren, nët all Lëtzebuerger waren Helden am läschte Krich, nët all ware se Matleefer oder Collaborateurs’en, ville waren d’Hänn gebonnen a vill hu Widderstand geleescht sou gutt a wéi se konnten. Mir, déi dat nët materlieft a matgemat hunn, kënnen eis nët virstellen, wat fir eng schrecklech Zäit déi präissesch Besetzung war a sollte mat eisem Urteel zeréckhalend sinn. Aus Respekt virun deenen, déi ënnert den Nazis’en gelidden hunn a vläicht nët de Courage opbruecht hunn als Widerstandskämpfer an d’Geschicht anzegoen. De Verrot un de jiddesche Matbierger ass eng Schan an e Verbriechen an op kee Fall ze verzeien, genee sou wéineg wéi Dénonciatioun. Vergiesse mer awer och nët d’Zwangrekrutéiert, déi Déportéiert an d’KZler

  2. Ech hun eppes vun mengem aalen Nooper als jonke Mensch geleiert… Deen soot emmer… Kand, ech hun virum Krich an der Reliounsstonn vum Paschtouer verzielt kritt “Dei beis Judden, dei hun et just matt Souen; deenen trauen mer net”.
    Deen selwechten Nooper kruut noom Krich vu genee deem selwechten Paschtouer verzielt “Beis Nazien, dei hun dei aarm, onschelleg Judden dout gemeet”.
    Also et ass och hei am Land nach villes opzeschaffen, et waren net just leif Menschen demools am Marienland…demools.
    Nie mei esou eppes!!!

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