En cause cette fois-ci (et en fait de manière sous-jacente depuis bien longtemps): la question des expulsions de citoyens algériens vers leur pays d’origine, qu’il s’agisse d’immigrés clandestins condamnés par la justice française pour des méfaits de droit commun, d’agitateurs islamistes ou d’agents du régime d’Alger chargés de poursuivre et de terroriser, voire d’enlever, des réfugiés politiques ayant fui la dictature algérienne et ses soutiens militaires.
Cette nouvelle étape dans la crise des relations bilatérales a été en quelque sorte officialisée, avant-hier, par le refus catégorique opposé par les services du président Abdelmajid Tebboune de prendre en compte une première liste d’une soixantaine d’Algériens résidant en France et dont Paris demande le rapatriement outre-Méditerranée. Liste qui avait très officiellement été remise au chargé d’affaires de l’ambassade d’Algérie.
L’ambition de la France étant en l’occurrence de commencer à donner enfin un commencement d’exécution crédible à sa politique des „OQTF“, autrement dit des „obligations de quitter le territoire français“. Lesquelles, une fois prononcées par les tribunaux, ne sont pratiquement jamais suivies d’effet, au grand dam des magistrats, des policiers et d’une très grande majorité de l’opinion, tous les sondages concordant sur ce point. Or pour devenir effective, l’expulsion d’un délinquant étranger vers son pays d’origine doit être agréée par ce dernier, qui lui délivre un laissez-passer consulaire lorsqu’il n’a pas de passeport (que les clandestins s’empressent en général de détruire). Et, bien entendu, le laisse rentrer lorsqu’il débarque à l’aéroport. Ce qui n’avait pas été le cas, il y a peu, pour l’auteur algérien d’un attentat qui avait fait un mort et plusieurs blessés à Mulhouse le 22 février dernier, et qui avait donc été, sitôt après l’atterrissage, rembarqué sur le vol du retour pour Paris.
Lundi, un communiqué d’Alger a froidement indiqué aux autorités françaises qu’il „avait été décidé de ne pas donner suite à la liste qu’elles avaient soumise“. Et cela „au nom du souci de l’Algérie de s’acquitter de son devoir de protection consulaire à l’égard de ses ressortissants“, ajoutant qu’il convenait de „veiller au respect des droits des personnes faisant l’objet de mesures d’éloignement“. Juridisme aussi étonnant que tardif de la part d’un régime dont les „droits des personnes“ n’ont jamais constitué le souci principal, comme en a encore témoigné à la mi-novembre – autre point de conflit entre les deux pays – l’emprisonnement arbitraire et la mise au secret de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, de surcroît âgé et gravement malade, qui avait eu l’imprudence de se rendre en Algérie.
Retailleau ira-t-il jusqu’à la démission?
Et le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères algérien, Lounès Magramane, a remis au chargé d’affaires français à Alger une note dans laquelle son pays „réaffirme son rejet catégorique des menaces et des velléités d’intimidation ainsi que des injonctions, des ultimatums et de tout langage comminatoire“. Alors qu’il ne s’agit en l’occurrence que du respect du droit international, et en particulier d’un accord de 1994, dont Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur du gouvernement Bayrou, regrette qu’Alger le piétine aujourd’hui.
La France „va mettre en place une riposte graduée, comme l’a décidé le Comité Interministériel sous la présidence du premier ministre“, a ajouté M. Retailleau, en prenant donc soin d’associer Matignon à sa démarche. Cette riposte pourrait comporter, dans l’immédiat, la suspension d’un autre accord, celui de 2007, qui exemptait de visa d’entrée en France les titulaires algériens d’un passeport diplomatique – en fait tous les hauts dignitaires du régime. Il commence aussi à se murmurer qu’en France, certains „biens mal acquis“ desdits dignitaires, massivement enrichis par la corruption, pourraient subir le sort de ceux qui appartenaient à différents dictateurs africains.
Ces nouvelles tensions auront semblé au gouvernement français exiger une réponse d’autant plus claire, ferme et rapide, que l’extrême droite s’en est évidemment emparée, pour dénoncer la mollesse supposée du pouvoir face aux affronts et provocations à répétition de l’Algérie officielle, que l’on prend toujours soin en France de distinguer de sa population. Mais le jeu du gouvernement se complique, en la matière, des ambiguïtés d’Emmanuel Macron, lequel ne désespère visiblement pas de voir finalement triompher son attitude traditionnellement très conciliante à l’égard du président Tebboune. Qui, de son côté, a bien compris où était le maillon faible: il a pressé son homologue français de „faire entendre sa voix pour favoriser une reprise du dialogue bilatéral“.
Au risque, il est vrai, de provoquer la démission du ministre de l’Intérieur: sans le dire aussi explicitement, M. Retailleau a laissé entendre qu’il ne faudrait pas compter sur lui pour cautionner une reculade, ou même de simples atermoiements, de la France dans cette crise. Or il s’agit, de loin, du ministre le plus populaire du gouvernement, et son départ pourrait achever de fragiliser un exécutif qui ne brille déjà pas par sa solidité. On n’en est certes pas là; mais décidément, les affaires algériennes ne tardent jamais à retentir sur la politique intérieure française.
De Maart
oh wéi léiw, se hu sech mat der Hand