30. November 2025 - 11.05 Uhr
L’histoire du temps présentNovembre 1945: L’ouverture du procès du nazisme
La décision de juger les principaux criminels de guerre nazis avait été prise pendant la guerre par les Nations unies – nom qui désignait alors l’alliance des pays combattant l’Allemagne, l’Italie et le Japon. Les gouvernements de ces pays, Etats-Unis et Royaume-Uni en tête, étaient bien décidés à juger les responsables d’un régime qui avait tué plus de 40 millions d’individus. Au-delà de la volonté de ne pas laisser impunis des crimes dont la dimension dépassait l’entendement, il s’agissait pour eux aussi de poser les bases d’un ordre international nouveau, basé sur la coopération entre Etats et le respect des droits humains.
Lors de la Conférence de Londres, du 26 juin au 2 août 1945, les représentants les Etats-Unis, l’Union soviétique, le Royaume-Uni et la France décidèrent la mise en place d’un Tribunal militaire international (TMI), négocièrent la forme que prendrait le procès et fixèrent les chefs d’accusation. Ces derniers étaient au nombre de trois: crime contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
L’acte d’accusation
La notion de crime de guerre désignait la préparation, le déclenchement et la poursuite d’une guerre d’agression. Il s’agissait pour les procureurs alliés de démontrer que les hauts responsables politiques et militaires allemands avaient conspiré avec Hitler pour mener à une guerre que ce dernier avait voulue depuis qu’il était entré en politique.
Les crimes de guerre comprenaient „l’assassinat, les mauvais traitements et la déportation pour des travaux forcés ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l’exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires“.
Au nombre des crimes contre l’humanité figuraient „l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux“. La notion proche mais plus spécifique de „génocide“, définie en 1943 par le juriste polonais Raphaël Lemkin ne fut pas en revanche intégrée dans l’acte d’accusation.
Les inculpés
Nombre de hauts de responsables nazis n’avaient pas survécu à la guerre – à commencer par leur chef suprême, Adolf Hitler, Heinrich Himmler, chef de la SS et de toutes les polices allemandes ou Josef Goebbels, chef de l’appareil de propagande. Le 24 octobre 1945, les procureurs du TMI purent tout de même inculper 24 hauts dignitaires du régime déchu. Le plus haut gradé d’entre eux était Hermann Göring. Longtemps considéré comme le dauphin de Hitler, il était progressivement tombé en disgrâce à partir de 1943, en raison des piètres prestations de sa Luftwaffe. Hitler avait même fini par lui retirer tous ses titres et ordonner son arrestation quelques jours avant de se suicider. L’amiral Karl Dönitz, commandant de la Kriegsmarine et éphémère successeur de Hitler à la tête du Reich figurait également au nombre des inculpés, tout comme Albert Speer, l’architecte préféré du Führer et son ministre de l’Armement à partir de 1942 ; Wilhelm Keitel et Alfred Jodl, chefs militaires particulièrement dociles, qui avaient respectivement dirigé les opérations sur les fronts de l’Est et de l’Ouest; Joachim von Ribbentrop, l’ancien ministre des Affaires étrangères du Reich; Hans Frank, le boucher chargé d’administrer la partie de la Pologne occupée nommée Gouvernement général; Julius Streicher, directeur du quotidien violemment antisémite Der Stürmer. Outre ces individus, plusieurs organisations devaient aussi être jugées: le gouvernement du Reich, le corps des chefs politiques du parti nazi, la SS, la Gestapo et la SA.
De Mondorf à Nuremberg
La plupart des inculpés avaient séjourné à Mondorf-les-Bains, où les Américains avaient transformé ce qui avait été l’hôtel le plus luxueux du Luxembourg de l’entre-deux-guerres, le Palace Hôtel, en camp d’internement. Le parc avait été ceinturé d’une clôture de trois mètres de haut surmontée de fers barbelés et renforcée par huit miradors équipés de projecteurs. A l’intérieur du bâtiment, tous les objets dont les prisonniers auraient pu se servir pour mettre fin à leurs jours – fils électriques, lampes, miroirs, poignées de portes, etc. avaient été enlevés. L’atelier de vitraux d’art local Linster, avait même été chargé de remplacer les fenêtres par des vitres en plastique.
Bref, tout devait être fait pour que les prisonniers VIP soient bel et bien présents à leur procès. Par VIP il faut bien évidemment entendre leur importance dans la hiérarchie de feu le Troisième Reich, le nom par lequel les Américains désignaient le camp, Ashcan („poubelle“), exprimant fort bien l’estime dans laquelle ils tenaient les individus qu’ils y étaient tenus au secret. A la mi-août, ces derniers furent finalement transférés à la prison de Nuremberg.
La décision de tenir le procès dans cette ville n’avait rien de symbolique. Elle n’avait pas été choisie pour avoir servi de coulisse aux congrès du parti nazi, mais parce qu’elle disposait d’un tribunal et d’une prison intactes, qualité rare dans cette Allemagne occupée dont la plupart des villes avaient été détruites par les bombardements et les combats. Quelques travaux furent nécessaires, notamment pour installer les box des interprètes qui devaient assurer la traduction simultanée du procès en anglais, russe, français et allemand, mais aussi pour accueillir les 400 visiteurs et plus de 300 journalistes, photographes et écrivains qui allaient assister aux audiences.
Un témoin luxembourgeois
Lors du procès qui s’ouvrit le 20 novembre 1945, l’équipe de procureurs américains, soviétiques, britanniques et français comptaient prouver la réalité des crimes nazis en se basant sur des documents allemands. Les Alliés étaient parvenus à en saisir et à en expertiser des milliers. Une tâche titanesque accomplie en à peine quelques mois qui allait permettre de documenter des crimes que le Reich avait cherché à dissimuler à tout prix, en particulier la Shoah. Comme preuves, l’accusation se préparait aussi à présenter des films, l’un d’eux, américain, montrait la libération des camps de concentration, un autre, soviétique, présentait des preuves d’atrocités ainsi que la libération des camps de Majdanek et d’Auschwitz.
Enfin, 94 témoins devaient être auditionnés. Parmi eux, l’homme d’Etat luxembourgeois Emile Reuter. Dernier chef de gouvernement de la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, les Alliés lui avaient reproché après la Première Guerre mondiale d’avoir collaboré avec l’Empire allemand. Lorsque la Guerre mondiale suivante avait éclaté, il avait dû faire face à la fuite de Grande-Duchesse et du gouvernement en tant que président de la Chambre des députés. Pour sauver la souveraineté luxembourgeoise, il estimait tout comme Albert Wehrer, secrétaire général du gouvernement puis président de la Commission administrative, qu’il fallait s’entendre avec Berlin. Mais les Allemands avaient refusé toutes ces offres. Cela permit finalement à ce grand rescapé des bouleversements du 20e siècle de témoigner du bon côté de la barre.
De Maart
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