A la libération, l’„Unio’n vun de Fräithétsorganisatio’nen“, avait nourri de fortes ambitions. Née du rapprochement des principales organisations de résistance luxembourgeoises, cette organisation avait pour elle la légitimité de la lutte contre l’occupant. Forte de 15.000 membres et d’une milice armée, elle disposait par ailleurs de sérieux arguments pour assoir son ambition d’administrer le pays. Elle n’avait d’ailleurs attendu l’autorisation de personne pour arrêter plus de 3.000 hommes et femmes soupçonnés de collaboration et les jeter dans des camps d’internement.
Rentré d’exil, le gouvernement était cependant parvenu à reprendre la main, notamment en s’appuyant sur les élites traditionnelles, économiques et politiques, que l’Unio’n s’était aliénée en réclamant une épuration radicale, non seulement des „traîtres“, mais aussi des „faibles“ et des „opportunistes“ – c’est-à-dire de tous ceux qui étaient restés à leur poste ou avaient fait affaire avec les Allemands durant l’occupation.
Une faute impardonnable
En juillet 1945, sentant l’initiative lui échapper et fracturée par des querelles internes, ce qui restait de l’Unio’n fit feu de tout bois. Son quotidien D’Unio’n publia alors un article accusant le gouvernement de n’avoir pas „conféré des pouvoirs ni donné des instructions à ceux qui, à sa place, ont dû assumer l’administration centrale“.1) Précipitée et pas préparée, sa fuite avait plongé le pays dans le chaos et donné un prétexte aux Allemands pour lui déclarer la guerre et l’annexer. Trois mois plus tard, D’Unio’n était toujours sur la même ligne, puisqu’elle invectivait en ces termes le premier ministre Pierre Dupong:
„Que vouliez-vous que ça nous fît que votre voiture fût embourbée ou non, à la hauteur de Messancy, en prenant par les champs? Ce qui importe, c’est que vous êtes partis, vous et vos collègues ministériels, nuitamment, clandestinement, sans avertir, sans instruire. Voilà une faute impardonnable, parce que lourde de conséquences, et que rien ne peut réparer. Le dilemme pour vous est d’avouer ou de contredire. Pas un mot de directives! pas un mot d’encouragement! pas un mot invitant à la résistance ou la déconseillant! rien, pas même un mot d’adieu! […]. Le peuple, dans un élan spontané et général, s’est retrouvé, unanime et obstiné, sur une et la même barricade, celle de la résistance. II y a tenu cinq longues années durant: en l’absence du Gouvernement, sans le Gouvernement, abandonné par le Gouvernement.“2)
Toujours aussi convaincue de la nécessité de renverser un gouvernement qui avait failli et toujours aussi convaincue d’être l’unique représentant de ce peuple „unanime et obstiné“ qui avait résisté en l’absence de ses chefs naturels, l’Unio’n s’était toutefois résolue à se faire violence. Elle allait se plier aux jeux des institutions restaurées et de ce régime des partis qu’elle méprisait tant, en participant aux élections législatives d’octobre 1945, les premières depuis 1937!
Un groupement d’hommes
Le 1er août 1945, quatre organisations de résistance, la Letzeburger Fräihétsbond (LFB), la Letzeburger Patriote-Liga (LPL), le Letzeburger Ro’de Le’w (LRL), la Letzeburger Volléks-Legio’n (LVL) ainsi que la „Batterie“ – c’est-à-dire des soldats de la Brigade Piron – avaient publié un manifeste annonçant la naissance d’un Groupement patriotique et démocratique (GPD). Ce groupement – le terme de „parti“ avait été soigneusement évité dans son nom – devait être constitué „vu männer, de’ nemmen d’intressen vum land vertriéden; vu männer aus der resistenz a fre’ere parteipolitiker, de’ sech e’erewirtlech verflicht hun, kenger anerer politescher partei me’ unzegehe’eren an de programm ze verwirklechen, dén de groupement patriotique opgestallt huet“.
Or, quel était le programme que ces hommes – nulle trace de femmes dans le texte – s’étaient engagés à appliquer? Le manifeste ne perdait pas un mot à ce sujet. L’hebdomadaire politique et littéraire Clarté, qui fit un tour d’horizon des principaux partis politiques prenant part aux législatives, ne nous en apprend pas beaucoup plus.3) Il faut dire aussi qu’en cet immédiat après-guerre, tous les partis cités se contentèrent de faire des professions de foi, plutôt que de détailler des programmes.
Le GPD proclamait ainsi qu’il était né de l’„idée de donner au pays la possibilité de mettre sur pied un gouvernement capable de résoudre dans un parfait esprit démocratique et patriotique les graves problèmes de l’heure“. Mais cela, son nom l’indiquait déjà. Ce qui était moins clair, c’était ce que le groupement entendait par „esprit démocratique“. „Il n’est personne qui ose contester“, avançait-il en effet, „qu’un retour à la coalition des partis extrêmes actuellement au pouvoir et à la pratique d’une politique uniquement de parti mènerait le pays, par les concessions mutuelles qu’une telle coalition et une telle politique exigent, à la ruine et au désespoir.“4)
Une démocratie économique et sociale
Ni concessions mutuelles, ni coalition donc, mais des „solutions pratiques“ devant „aboutir à compléter la démocratie politique qui garantit l’égalité de tous devant la loi par la démocratie sociale qui assure à chacun la juste part de bien-être qu’exige le respect de la dignité humaine et par la démocratie économique qui confère au travail, devenu majeur, sa part légitime d’influence dans Ia direction des affaires“.5)
Assurer à chacun sa „juste part de bien-être“ évoquait l’Etat-providence, dont la mise en place était déjà envisagée dans les années 1930 par l’aile sociale du Parti de la droite et l’aile syndicaliste du Parti ouvrier. Deux tendances qui avaient fini par se rapprocher après le rejet de la „Loi muselière“ afin d’ouvrir une alternative au libéralisme qui ne soit ni fasciste ni communiste. Mais quoi d’étonnant à cela puisque cette tendance était représentée au sein de l’Unio’n par la LFP et la LPL.
Quant à la proposition de conférer au travail – et non aux partis politiques! – „sa part légitime d’influence dans Ia direction des affaires“, elle n’était pas sans rappeler l’Etat corporatif cher aux catholiques intégristes de l’entre-deux-guerres. Mais quoi d’étonnant à cela puisque cette tendance était représentée au sein de l’Unio’n par la très influente LVL. Antilibéral et antipartis, le GPD naissant était donc un parti antisystème. Cela rend d’autant plus intéressante et énigmatique la mue future de cette organisation politique peu étudiée dont finira pourtant par émerger l’actuel Parti démocratique.
1) „Une réponse et deux nouvelles questions“, in: D’Unio’n, 16 juillet 1945, p. 1
2) „Le Gouvernement méritoire de M. Dupong“, in: D’Unio’n, 16 octobre 1945, p. 1
3) „Le Luxembourg politique“, in: Clarté, 4 août 1945, p. 1
4) Idem
5) Idem
De Maart
Guten Tag Herr ARTUSO, ich bin verblüfft, daß aus der Gruppe der UNIO'N die aktuelle Demokratische Partei entstanden ist. Ich bin auf Ihre diesbezügliche Schilderung gespannt. Könnte es Ihrer Meinung nach sein, daß die gewählte Regierung und die Großherzogliche Familie aus landesverräterischen Gründen die Flucht im Mai 1940 ergriffen haben? Bei der Lektüre des Buches "Deutsche Kultur- und Volkstumspolitik von 1933 - 1940 in Luxemburg" von Herrn Emile KRIER sind mir zum ersten Mal solche Ideen gekommen. MfG, Robert Hottua
Die Union war eben nur eine Chimäre, die sich einfach in Luft aufgelöst hat, als die Exil-Regierung wieder die Macht im Lande übernahm... eine Utopie! wishful thinking wie unsere britischen Freunde sagen würden...