Samstag3. Januar 2026

Demaart De Maart

Extrême gaucheL’antisémitisme progresse en France, mais plus où on le trouvait d’habitude

Extrême gauche / L’antisémitisme progresse en France, mais plus où on le trouvait d’habitude
Un parti a fait de l'antisémitisme sa marque de fabrique: La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon Photo: AFP

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La France connaît ces derniers temps une inquiétante recrudescence des actes antisémites. Tous n’ont pas, tant s’en faut, et heureusement, le caractère dramatique de certains assassinats récents, d’enseignants notamment. Mais la multiplication de ces agressions contre des personnes ou des institutions juives pose un problème politique et social majeur, et crée dans l’opinion des clivages qui, notamment, commencent à embarrasser beaucoup l’extrême gauche.

À telle enseigne qu’hier encore, une manifestation a eu lieu à Orléans pour soutenir un rabin qui, au sortir de la synagogue dont il est le desservant, a été agressé en pleine rue et devant son fils âgé de dix ans par un individu qui l’a roué de coups après lui avoir craché dessus en le traitant – air connu – de „sale juif“. Seule l’interposition d’un passant courageux a sans doute évité le pire. Et de tels incidents sont devenus monnaie courante.

C’est très clairement le pogrom géant lancé par le Hamas contre la population civile israélienne qui a sonné, dans l’Hexagone, le départ de cet antisémitisme nouveau, auquel le caractère implacable de la riposte militaire de l’Etat hébreu a, comme on pouvait s’y attendre, donné des ailes. Au point que le gouvernement se dit très préoccupé par cette forme d’„importation“ en France du conflit entre Israël et les organisations islamistes comme le Hamas, et dans une mesure un peu moindre le Hezbollah.

Mais ce qui est le plus spectaculaire à constater est que la nature de cet antisémitisme a profondément changé. Jadis, jusqu’à la seconde Guerre mondiale où il devait atteindre son paroxysme le plus abominable, et même encore, en mineur, durant les décennies qui ont suivi, la haine contre les juifs était essentiellement le fait de l’extrême droite. Jean-Marie Le Pen lui-même, et son entourage historique, n’avaient pas hésité à se livrer à différentes attaques verbales et autres plaisanteries particulièrement nauséabondes contre cette partie de la population.

Aujurd’hui, même si l’on peut estimer qu’une telle attitude perdure chez les derniers survivants de ce courant d’extrême droite, c’est surtout à l’autre bout de l’éventail politique, autrement dit dans les rangs de l’extrême gauche, qu’il se manifeste. Parfois même d’ailleurs, dirait-on, à l’insu de ceux qui le professent en croyant simplement maudire Israël, l’antisionisme servant souvent de paravent ou de justification à l’antisémitisme. Un parti en a tout particulièrement fait son fond de commercre: La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

L’affaire de l’affiche contre Hanouna

Ce dernier s’acharne tout particulièrement contre ceux des militants ou élus de gauche, socialistes notamment, appartenant à la communauté juive, même s’ils ne sont ni pratiquants ni inconditionnellement pro-israéliens. Et il affecte de prendre toute critique contre les pratiques de son parti pour une attaque de … l’extrême droite. Ou encore pour une manœuvre destinée à masquer le racisme anti-arabe, éventuellement d’État, qui ferait selon lui des ravages en France, alors que le racisme anti-juif ne serait plus, lui, que „résiduel“ (sic). Et cela en dépit de statistiques qui sont pourtant très claires: en France, le nombre des agressions antisémites est passé, en un an, de 436 à 1.676, celui des agressions anti-arabes étant officiellement de 242 (en fait un peu plus sans doute, de l’aveu même du ministère de l’Intérieur, mais pour une communauté environ dix fois plus nombreuse que la communauté juive.)

Appelant à un ensemble de manifestations „contre l’extrême droite et le racisme“, qui était organisée samedi dernier dans toute la France, LFI avait même osé orner – si l’on peut dire – ses affiches d’une photo retouchée d’une de ses bêtes noires de la télévision, Cyril Hanouna, né dans la communauté israélite de Tunisie et présumé hostile à Mélenchon et ses disciples, où il était représenté selon les codes graphiques de celles du IIIe Reich et en particulier pour le film nazi et lourdement antisémite „Le Juif Süss“.

On comprend qu’après le scandale ainsi soulevé – appeler à manifester contre le racisme et l’extrême droite sur une thématique raciste et d’extrême droite! – les cortèges en question aient été étonnamment peu fournis: on n’a compté que 26.000 personnes pour Paris et sa banlieue, par exemple, alors même que la puissante CGT était censée y participer. C’est dire que, même si l’ampleur de la guerre contre le Hamas (que LFI présente d’ailleurs comme un „organisation de résistants“ et non de terroristes, contrairement à l’ONU) est souvent condamnée dans leurs rangs, les militants de la gauche politique, associative et syndicale ne veulent pas se laisser impliquer dans une cause qui n’est décidément pas la leur.

Reste à savoir si la stratégie de Jean-Luc Mélenchon – séduire le plus possible d’électeurs musulmans au premier tour de la prochaine élection présidentielle, être qualifié au second et y battre Marine Le Pen – a encore une chance de fonctionner dans ces conditions. D’autant plus qu’un tel pari serait, de toute façon, doublement risqué.

JJ
26. März 2025 - 8.06

Méchant Loup fait toujours des dégâts, mais il y en a d'autres.