Samstag3. Januar 2026

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FranceLa démission de Lecornu laisse Macron seul face à la crise

France / La démission de Lecornu laisse Macron seul face à la crise
Il est 10 heures 45 lundi matin lorsque Sébastien Lecornu annonce à des Français stupéfaits qu’il renonce à ses fonctions photo: AFP/Stéphane Mahé

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Sébastien Lecornu a démissionné lundi après une série de rebondissements politiques. Ce départ imprévu plonge à nouveau le gouvernement d’Emmanuel Macron dans l’incertitude et relance la crise politique en France.

„J’ai remis la démission du gouvernement. Etre premier ministre est une tâche difficile, sans doute encore un peu plus difficile en ce moment. Mais on ne peut pas être premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies. Depuis trois semaines, pourtant, j’ai tenté de bâtir les conditions dans lesquelles nous pourrions faire adopter un budget pour la France, pour l’Etat, mais aussi pour la Sécurité sociale, et répondre à quelques urgences importantes qui ne peuvent pas attendre l’élection présidentielle.“

Il est 10 heures 45 hier matin lorsque Sébastien Lecornu annonce à la télévision et la radio, à des Français stupéfaits et une classe politique qui va redoubler de fébrilité, qu’il renonce à ses fonctions, après avoir pourtant fait annoncer une quinzaine d’heures plus tôt par le secrétaire de l’Elysée, après un ultime entretien avec Emmanuel Macron, la liste de son nouveau gouvernement. Et ce lundi matin, il ajoute, à destination des interlocuteurs qui l’ont déçu, y compris à l’intérieur du „socle commun“ sur lequel il comptait s’appuyer au Parlement: „Il faut savoir écouter ses militants, certes, mais penser d’abord aux Françaises et aux Français.“

A propos du processus qui a conduit à cette ultime et spectaculaire décision, nombreux seront sans doute les amateurs d’Histoire qui penseront à ce que l’on a appelé „la Journée des dupes“, au cours de laquelle, en novembre 1630, le roi Louis XIII allait imposer Richelieu, au prix de différentes manœuvres, contre la reine-mère Marie de Médicis. Certes, les circonstances n’ont rien à voir, mais ce week-end aura été le théâtre de péripéties ressemblant assez à des intrigues de cour.

Samedi après-midi, le concours du parti LR conduit par Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement sortant, semble être acquis à Sébastien Lecornu. Apport précieux malgré la modestie numérique du groupe à l’Assemblée nationale, car la gauche, de son côté, va répétant qu’un vote de censure pourrait bien suivre ce mardi la déclaration de politique générale de celui qui est encore, à ce moment-là, premier ministre. Et le Rassemblement national affiche aussi sa mauvaise humeur, cependant que les mélenchonistes rappellent que pour leur part, ils comptent demander la chute du gouvernement quelles que soient les annonces que pourra faire l’homme de Matignon à la tribune du Palais-Bourbon.

Dont, cependant, le ciel s’assombrit à nouveau dimanche, les Républicains se montrant divisés sur le sujet. Mais enfin, après une heure et demie de discussion entre MM. Macron et Retailleau à l’Elysée, le parti LR confirme qu’il fera partie du gouvernement encore en pleine formation (il est vrai que près d’un mois après la nomination de M. Lecornu, il serait grand temps!). Cette bonne volonté durera environ une demi-heure, soit le temps que le ministre de l’Intérieur regagne son bureau, où ses collaborateurs lui donnent une double information que s’est bien gardé de lui communiquer son interlocuteur de Matignon: le nombre des ministres LR sera clairement inférieur à ce que réclamait le patron du parti, et surtout, Bruno Le Maire va y faire son grand retour, en l’occurrence au ministère de la Défense, à l’insistance de l’Elysée.

L’humiliation de Retailleau

Or, il se trouve que M. Le Maire est détesté chez les Républicains pour deux raisons. La première, la plus épidermique, est qu’il y est considéré comme un „traître“, s’étant rallié à Macron dès sa première élection en 2017 (Talleyrand, qui s’y connaissait, disait: „En politique, la trahison est juste une affaire de dates“). Second grief: ministre des Finances durant sept ans, Bruno Le Maire peut être tenu pour coresponsable du surendettement phénoménal de la France durant cette période, avec bien sûr le président Macron auquel il n’a jamais osé présenter sa démission. LR annonce donc que le comité stratégique du parti se réunira hier matin lundi; mais entre-temps, M. Lecornu préfère démissionner, devançant sans doute une issue humiliante.

Mais à propos d’humiliation, c’est aussi ce qu’ont ressenti les cadres du parti, au-delà de leur hostilité à leur ancien compagnon politique Bruno Le Maire, en apprenant les cachotteries, en effet bien maladroites, du premier ministre. Il n’en aura pas fallu davantage pour que ceux des parlementaires LR, d’abord minoritaires, qui étaient hostiles au maintien dans le gouvernement, l’emportent en définitive assez largement. Et c’est certainement à ce moment-là que Sébastien Lecornu a compris que son entreprise, quels que fussent les efforts qu’il avait personnellement déployés, était vouée à l’échec, et qu’il lui fallait en tirer la conclusion.

Mais la démission ou le renvoi d’un quatrième gouvernement (en comptant celui de Gabriel Attal, déjà en poste avant la dissolution de l’été 2024) depuis les dernières élections législatives peut difficilement passer, aujourd’hui en France, pour un épisode parmi d’autres, assez banal après tout en démocratie. C’est, pour la Ve République, quelque chose comme une revanche tragique de la IVe, et la seconde mort du général de Gaulle. Et avant même que soit retombée la poussière de ce séisme politique, c’est évidemment vers Emmanuel Macron que se tournent tous les regards.

D’autant plus que dans une très large fraction de l’opinion, on considère qu’il est personnellement responsable de la crise, avec sa dissolution manquée. Mais les reproches qui lui sont adressés vont au-delà. Certes, il lui était bien difficile de tirer des conclusions claires d’un résultat électoral qui ne l’était aucunement. Mais le fait d’avoir nommé l’un après l’autre des premiers ministres de droite, même modérée, sans tenir compte que le total des élus de gauche était le plus important (sans disposer pour autant d’une majorité), ni que le groupe le plus nombreux au Palais-Bourbon était celui du Rassemblement national, l’a empêché d’épuiser certaines hypothèses, pour ne pas dire de lever certaines hypothèques.

Dissolution? Démission?

Les demandes qui s’adressent maintenant au chef de l’Etat, venant des oppositions pour l’essentiel, mais auxquelles se mêlent aussi, ici et là, celles de personnalités du „bloc central“, portent principalement sur deux réponses possibles (et, d’ailleurs, point forcément conclusives) à la crise. La première est celle d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale; mais, outre que M. Macron a de solides raisons, liées à de récents souvenirs, de s’en méfier, tout laisse à penser qu’en l’état actuel de l’opinion, un nouveau Parlement ne serait guère plus gouvernable, si même – ce n’est encore pas l’hypothèse la plus probable, mais … – le RN n’y atteignait pas la majorité absolue, notamment avec le renfort de voix venues des LR. Cependant que les supporters du locataire de l’Elysée seraient au contraire encore affaiblis, voire laminés, le sort du PS demeurant incertain.

Autre réponse que certains réclament du chef de l’Etat: sa démission. Les mélenchonistes vont déposer aujourd’hui une proposition de motion tendant à destituer le chef de l’Etat, disposition que prévoit la Constitution mais avec d’infinies précautions juridiques et politiques, et qui, en l’espèce, n’a aucune chance d’aboutir. De toute façon, Emmanuel Macron a toujours dit que, quelles que fussent les circonstances, il irait jusqu’au bout de son mandat présidentiel, au printemps 2027.

En attendant, on aura appris, hier soir, que le premier ministre démissionnaire avait été chargé par Emmanuel Macron de mener d’ici mercredi soir de nouveaux contacts avant … Avant quoi, au fait? Une ultime tentative pour rassembler une majorité de gouvernement? Ou, plus modestement, s’assurer d’une „non-censure“ de la part du PS ou de RN? A l’Elysée, on parle de „rechercher une plate-forme d’action et de stabilité“. Oui, mais avec qui, sous quelle forme et pour quoi faire? Décidément, la, ou plutôt les, „Journées des dupes“ …

Nomi
7. Oktober 2025 - 11.34

Ce que Attal avait dit hier sur TF1 est vrai. Changer de méthode.
Il ne faut pas commencer à nommer un 1ier Ministre, mais donner la main aux Partis dans l'assemblé et quelques technocrates a-politiques pour ficeler un programme.

Seulement ensuite chercher le 1ier Ministre et ministres pour implémenter ce programme du parlement !