Donnerstag1. Januar 2026

Demaart De Maart

Post-punk Sweeping Promises aux Rotondes: les promesses de l’ombre

Post-punk  / Sweeping Promises aux Rotondes: les promesses de l’ombre
Lira Mondal (basse, chant) et Caufield Schnug (guitare, batterie) forment les Sweeping Promises Photo: Jackie Lee Young

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C’est toute une face cachée du post-punk qui se loge dans le rock de Lira Mondal et Caufield Schnug alias Sweeping Promises. La partie la plus rugueuse. Radicale. Brut de décoffrage. Mal fichue. Urgente. Nihiliste. Et sous le chaos des guitares fuzz et des synthés concassés, les mélodies pogotent. Ce soir, le duo américain fait vibrer le parquet des Rotondes.

Originaires de Lawrence (Kansas), Lira Mondal (basse, chant) et Caufield Schnug (guitare, batterie) se rencontrent à l’université. S’ils se sont très vite trouvés, ils se cherchent encore, musicalement: les projets, sous différents noms, se multiplient, du gothique au garage en passant par la dream pop. La musique est une incroyable machine à voyager dans le temps et l’avantage, c’est qu’il est possible de choisir la période sur laquelle revenir: avec Sweeping Promises, le duo s’arrête sur le post-punk. Le premier LP, „Hunger For a Way Out“, paraît en 2020, en pleine pandémie du Covid – les disques, eux, avaient le droit de sortir. Leur musique ne s’embarrasse pas de compromis: Caufield Schnug affirme qu’à l’origine „Hunger For A Way Out“ est un album à destination de … personne.

Avec sa basse sèche et ses synthétiseurs dégingandés, le son de Sweeping Promises semble parfois sortir d’une cassette audio usée, diffusée par un walkman qui aurait mangé le sable. Le disque est enregistré sous les plafonds en béton d’un laboratoire désaffecté de Boston. C’est sans doute pour cela que l’on croirait que le synthé encapsule parfois des bruits parasites comme ceux d’une machine à laver ou d’un lave-vaisselle. Les chansons ont l’air disloquées, mais les mélodies arrivent par surprise et, telles des images subliminales, s’impriment dans le cerveau. Le binôme y taille des costards au monde de l’entreprise, au capitalisme. Les morceaux martèlent des slogans anti-bureaucratie tapageurs et anxiogènes. Pour l’image, le tapis roulant de la routine finit par aspirer l’individu, quand celui-ci ne s’arrête pas de courir: „Vous ne pouvez pas aller à contre-courant“ („Walk in Place“). Sweeping Promises y va pourtant.

Une musique lo-fi conçue pour la beauté du geste? Pour secouer un genre devenu trop lisse, aseptisé? Le post-punk se retrouve aujourd’hui chez pléthore de groupes populaires comme Foals ou Interpol, sauf qu’il est question, dans le cas de Sweeping Promises, de la version alternative d’un genre … alternatif. Et si la technologie offre de nouvelles pistes à la musique afin qu’elle progresse, Sweeping Promises ne restent pas recroquevillés sur un temps révolu. Car il y a un paradoxe: leur musique transpire souvent le rétro, mais ils font un travail digne d’archivistes sonores. En cela, ils défrichent. Et prolongent les expérimentations de The Slits, Au Pairs, The Raincoats, X-Ray Spex, Kleenex voire Le Tigre, sinon, du côté de l’Italie, les Rats, quand Claudia Baracchi tenait le micro. Et si alternative il y a, c’est aussi parce que tous ces groupes ont un important point commun: ils sont dirigés par des femmes.

Démos et des images

Sorti cette année, „Good Living is Coming For You“ est toujours auto-produit, enregistré et mixé dans leur studio maison. Sweeping Promises continuent de jouer des instruments comme d’autres feraient du bricolage et leurs nuisances sonores n’importunent pas le voisinage. La guitare, la basse, la batterie et le synthétiseur, réverbérés, se répondent par échos, selon la volonté de les faire sonner pareil que dans l’espace où les morceaux sont échafaudés. Il y avait cinquante démos au départ; dix sont retenues à l’arrivée. Les idées fusent pendant que l’enregistreur tourne sans relâche. En plus de naturalisme musical, on pense à l’écriture avec la gomme, dans le principe d’accumuler de la matière pour effectuer un gros travail de suppression. À moins qu’il s’agisse d’écriture avec les ratures, que les deux compères laisseraient volontiers, l’auditeur se disant qu’ils ont dû œuvrer durement pour les obtenir, ces ratures.

Sub Pop, le petit label devenu plus gros via le succès-surprise de Nirvana, a eu la judicieuse idée (et l’élégance) de laisser carte blanche à Sweeping Promises. Kurt Cobain adorait The Raincoats ainsi que la plupart de ces groupes post-punk chéris par le duo; par extension, ce sont ces mêmes combos qui ont, entre autres, ouvert la voie au grunge. Qu’elles soient sorties à la fin des seventies, qu’elles retiennent l’attention d’une poignée de marginaux de la génération X ou qu’elles se fondent dans la masse des sorties indie de 2023, les dix chansons de „Good Living is Coming For You“ restent des grenades dégoupillées. On passe du dance-punk „Eraser“, où les tambours se percutent et où les cris rappellent ceux de riot grrrls, à „Connoisseur of Salt“ ou „Walk in Place“ dans lesquels le saxo se frotte aux touches analogiques du clavier. Du côté du post-punk, il n’y a pas que des groupes obscurs qui se bousculent au portillon des références. On entend du B 52’s et même, sur „Petit Four“, du Devo, les guitares tropicales balayant la crasse de la basse, là où sur „Shadow Me“ résonne la voix mal maquillée de Debbie Harry. Le groupe apporte ainsi ce constat à propos du post-punk: il s’agit d’un genre qui renvoie moins à une sonorité précise qu’à une époque. Et si c’était encore la nôtre?


Réponse ce soir à 20.30 h aux Rotondes (Support: POZI)

Sorti cette année, „Good Living is Coming For You“ est toujours auto-produit, enregistré et mixé dans leur studio maison
Sorti cette année, „Good Living is Coming For You“ est toujours auto-produit, enregistré et mixé dans leur studio maison