Au Parc Saint Léger, centre d’art contemporain de l’ancienne ville thermale Pougues-les-Eaux, en Bourgogne, la plasticienne suisse Vanessa Billy (née en 1978) nous propose un cheminement sensoriel et intellectuel qui décentre l’être humain en le replaçant dans un environnement plus vaste, laissant de sa présence la trace fossile, comme d’autres organismes vivants. Son œuvre faite d’empreintes, de traces, et de révélations, se situe à mi-chemin entre l’observation de son époque et la projection dans un temps autre, qui correspondrait à celui d’une mutation tranquille et somme toute plausible.

Vanessa Billy,
„Impressions de vies“
Jusqu’au 25 août 2019
Parc Saint Léger
Avenue Conti
58320 Pougues-les-Eaux
www.parcsaintleger.fr

La visite débute avec des sculptures de citrons coupés en deux, dont les moitiés ne s’ajointent pas, l’une plus pressée que l’autre, déclinées en résine ou en bronze, des citrons un peu plus gros que nature, comme trafiqués. Pour „Refresh, Refresh“ (Yellow Melt, 2016, résine bio, colorants), le citron en question est jaune vif, fluo, d’une couleur fraîche et ludique, symbole de l’artificiel. Se profile un monde chimique, auquel nous sommes habitués au point de ne plus y faire attention.

Nous lui donnons même notre corps par le biais de la nourriture. Déclinés ailleurs en bronze, la peau d’un vert moisi et les surfaces en miroir, ces citrons agissent comme des vanités dans lesquelles nous nous regardons. Dénaturer les aliments, comme le fait l’industrie alimentaire, nous oblige à considérer nos modes de vie et la façon dont nous sommes „gérés“.

La science s’est également emparée de nos corps et la mutation semble en cours, qui fera de nous des „hommes robots“. Cela a commencé avec les prothèses, hanches, genoux et toutes sortes de possibilités techniques. Ainsi, „Prises“ (2019, verre soufflé coloré, câble électrique) propose deux formes ovales en verre, telles des larmes ou des gouttes de sang, dont l’ouverture est prolongée par des câbles, avec la sensation d’une greffe qui aurait pris. La différence des matériaux réunis nous incite à penser à une adaptabilité souhaitée et forcée. En face de cette installation, gisent des empreintes d’êtres humains. „Coquilles“ (2019, acrystal, pigment, carbonate de calcium), pièce faite des moulages d’une famille, des dos d’enfants et d’adultes, comme des fossiles. Presque enroulés, comme des coquillages. L’empreinte de la colonne vertébrale jouant telle une scansion, un motif millénaire.

Dans cette narration, il faut également se pencher sur ce qui nous maintient en vie de façon artificielle. Allégories du corps humain, au milieu de la salle principale, tournent deux carcasses de moteurs trafiqués, deux épaves actionnées par un moteur caché, fixé au plafond, les deux moteurs, l’actif et le passif étant reliés par un filin d’acier. „The Living and the death“ (2015-2019, moteurs rotatifs, chaînes, moteurs de voiture) peut être perçu comme une métaphore d’un acharnement thérapeutique – quelle est la vie qui nous meut lorsque ça devient artificiel? – ou de notre survie dans un monde de déchets qui nous envahit inexorablement.

Un univers à la fois insolite et familier

Ces traces de passages, nous les trouvons à peu près partout. Avec „Chenille“ (2019, silicone, colorant), Vanessa Billy s’approprie l’empreinte d’un pneu de tracteur pour la traduire par une autre image, celle d’une chenille ou un pneu qui se serait développé, dans la même scansion finalement qu’une colonne vertébrale. Ces formes, à la rythmique répétitive et symétrique, sont également mises en avant pour des algues agrandies, „Vertèbres“ (2019, latex, silicone, colorant), comme la litanie d’une structure qui nous serait commune.

D’ailleurs il est amusant et troublant de voir sur une vidéo la parenté de formes entre une crevette, un index replié, et une forme fœtale. C’est tout un environnement, la sensation d’un monde vaste, qui nous échappe et nous ressemble étrangement. Cet envahissement progressif de formes hybrides nous enveloppe jusqu’à devenir de plus en plus évident.
Et c’est sur une représentation archétypale, mais à l’envers, „Centuries“ (2016, acrystal, sable, poussière, plomb, pigment), celle d’une femme enceinte allongée, tenant en équilibre contre le sol sur son ventre arrondi, comme une terre-mère, que nous quittons la visite, plein d’un temps qui nous éprouve dans notre finitude et nous propose un flux incessant, la vision d’un univers à la fois insolite et familier.

 

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