ForumBribes européennes: A quelques encablures d’une élection importante

Forum / Bribes européennes: A quelques encablures d’une élection importante
 Photo: Editpress/Julien Garroy

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1) Un faux départ qui mérite un carton jaune!

Pas besoin de m’expliquer que les élections européennes n’ont que peu à voir avec la situation politique nationale, encore que … Pas besoin de se voiler la face non plus, bon nombre de citoyens ne font pas la différence et considèrent qu’ils ont une occasion unique pour sortir le carton jaune au nouveau (?) gouvernement, qui peine à trouver ses marques, qui a fait preuve d’un départ plus que laborieux, un vrai faux départ, et qui, à part le lancement d’une chasse pénible et éhontée aux mendiants, n’a fait que prolonger ou mettre en œuvre, jusqu’à présent, à quelques rares exceptions près, des mesures préparées ou lancées par le gouvernement précédent.

Essayez donc de relever ne serait-ce qu’une mesure tant soi peu importante, caractéristique pour les „nouveaux“ qui, entretemps, sont devenus des anciens, déjà … Le nouveau Luc, hélas, paraît encore plus vieux jeu que l’ancien. Que des cartouches mouillées dans sa besace …

Que les électeurs, finalement pas si nombreux, de la coalition actuelle sont déçus du faux départ qui continue de perdurer, est plus qu’une certitude. Encore qu’ils auront dimanche prochain une occasion en or pour manifester leur mécontentement et leur déception, d’autant plus que le Parti conservateur européen, dont fait partie le CSV, n’exclut pas de nouer des accords avec l’extrême droite européenne, dont certains vont même jusqu’à adorer Hitler. Du jamais vu dans l’Histoire européenne depuis plus de 60 ans.

Montrez-leur que vous n’êtes pas d’accord avec cette stratégie qui risque de faire voler en éclats la construction de l’Europe politique telle que nous la connaissons depuis des décennies, souvent dirigée par des représentants de centre-droit.

A l’ancienne?

D’ailleurs à la Chambre des députés, avez-vous remarqué que le parti populiste luxembourgeois, anciennement 5/6 fir jidereen, russophile notoire et supporter inconditionnel de son sponsor Poutine, ne laisse pas échapper une occasion pour venir en soutien de la majorité, une vraie roue de secours toujours disponible pour le gouvernement. Signe avant-coureur?

Avez-vous également noté la faiblesse, le laisser-aller, l’acquiescement permanent de l’autre parti de gouvernement, le DP, dont plusieurs responsables politiques, à un titre ou un autre, viennent de faire la une de la rubrique „faits divers“, le dernier en date étant l’ancien député eschois et actuel échevin, condamné il y a peu pour fraude fiscale aggravée. En plus il a profité d’un traitement de faveur, dont ne peut pas profiter le citoyen lambda. Deux poids, deux mesures? Au lieu de démissionner, il fait le canard. Et le CSV d’Esch regarde ailleurs. Et d’autres la pointe de leurs souliers! Où est passé le minimum de morale politique dans notre pays?

Sans même parler de la tête de liste DP aux élections européennes, un dinosaure de la politique luxembourgeoise, dont on a découvert récemment, qu’à côté de ses discours enchanteurs en faveur de l’Europe, se cache depuis des années un lobbyste discret mais efficace d’une grosse boîte d’assurances, avec une grosse rémunération annuelle à la clé. Et toujours ce double discours, insupportable!

Il faut sanctionner, dans les urnes, de tels comportements, de telles dérives! Citoyens, profitez de la dernière occasion avant longtemps pour exprimer votre ras-le-bol de ce gouvernement minable. Ne votez pas pour ses représentants …

2) L’écologie recalée!

C’est certainement regrettable, mais vrai: les sujets sur l’environnement en général et sur le climat en particulier sont quasiment absents de la campagne électorale pour les européennes, tant au Luxembourg qu’ailleurs. Même les Verts semblent avoir les idées ailleurs. Crainte d’un green-bashing supplémentaire? Alors qu’il y a cinq ans ces sujets constituaient le fil rouge de presque tous les programmes politiques, aujourd’hui, quand ils sont abordés, c’est souvent pour leur adjoindre un qualificatif comme „raisonnable“ ou „pragmatique“, à condition qu’ils ne nuisent pas au marché et au libre-échange. Même le Green Deal, adopté par une grande majorité de députés européens, ne fait plus recette, de plus en plus de responsables s’en distancient ou le font accompagner d’adjectifs qui le rendent complètement creux. Si on évoque des normes ou des règles, l’écologie devient vite „punitive“ ou „totalitaire“. L’urgence climatique a régressé et ne fait plus la „une“.

Or, il faudrait faire exactement le contraire: accélérer la lutte contre le réchauffement climatique qui n’est pas un problème de demain, mais d’aujourd’hui. Inondations, sécheresses, incendies d’un côté, les impacts du dérèglement climatique dans la vie de tous les jours se multiplient: invasion du moustique-tigre, érosion des côtes, notamment, nous invitent à considérer ces problèmes comme étant d’une actualité brûlante. Sans oublier les températures excessives de 52 degrés, comme actuellement en Inde.

Et même si tout le monde, ou presque, est d’accord sur le constat, la réponse aux problèmes évoqués semble poser problème plus que jamais. Sur la nécessité de devoir changer nos pratiques industrielles, agricoles, commerciales, énergétiques, sociales, les opinions divergent de plus en plus. Les implications et les conséquences de ces changements doivent continuer à être débattues politiquement. Sur le plan européen et sur le plan national. Le „Green Deal“ évoqué plus haut est directement menacé quand de plus en plus de partis politiques, qui mènent la danse, sont ceux qui portent le moins les questions environnementales, surtout des partis de droite ou d’extrême droite, quel hasard!

Où est l’écologie?

Voilà qu’une ribambelle d’experts et de scientifiques viennent d’adresser une lettre alarmante faisant état de leur „profonde préoccupation“ au sujet des reculs récents de l’Union européenne en matière de protection de l’environnement. Certaines décisions prises, disent-ils dans leur missive, „menaceraient directement notre avenir commun“. Comme l’a relaté Le Monde le weekend dernier, les auteurs pensent surtout à l’abandon du règlement sur l’usage durable des pesticides, le projet de baisser les exigences de la directive nitrates, l’abandon du projet de réglementation sur les systèmes alimentaires durables, l’abaissement des standards environnementaux de la politique agricole commune et, pour finir, les obstacles prévus à la mise en place de la loi sur la restauration de la nature.

En fait, nous assistons à une victoire éclatante des lobbys agricoles, peu soucieux de la qualité de nos denrées alimentaires, car c’est de cela qu’il s’agit finalement, qui cueillent, aujourd’hui, les fruits d’un travail de sape de longue date. On pourrait y ajouter la prolongation de dix ans de l’utilisation du glyphosate. La liste n’est pas exhaustive. Les scientifiques précités affirment dans leur missive que les justifications apportées aux décisions précisées ci-avant sont basées sur „de la désinformation et sont fortement influencées par des intérêts particuliers de groupes économiques et d’entreprises qui s’expriment par le biais de méthodes violentes ou non démocratiques“.

Sur le plan national, le gouvernement semble totalement en phase avec ce recul général des dispositions environnementales européennes. Ainsi, signe manifeste, les représentants de l’agriculture biologique luxembourgeoise n’avaient pas été conviés à la table ronde organisée il y a quelques semaines par la ministre de l’Agriculture qui semble avoir clairement choisi son camp. Comme elle est censée s’occuper également du ressort de la sécurité alimentaire, on devrait la délester de cette responsabilité que, manifestement, elle refuse d’assumer.

3) L’ambassadeur portugais qui dérape

Il y a quelques semaines, pour le cinquantième anniversaire de la révolution des œillets portugaise de 1974, j’ai assisté à une conférence organisée par l’ambassade du Portugal au Cercle municipal. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver face à deux conférenciers introduits par l’ambassadeur himself, dont un ancien fervent supporter de la dictature qui ne s’est pas gêné de tresser des louanges pénibles à cet ancien régime policier, colonialiste, fasciste, qui a terrorisé le Portugal pendant plusieurs décennies. Assez rapidement, j’ai quitté les lieux et une assemblée constituée en partie par la bourgeoisie portugaise du Luxembourg, tellement le discours proféré par cette personne m’était devenu insupportable. Jeune étudiant dans les années 70, j’avais passé plus de cinq semaines au Portugal à l’époque, un séjour qui a été déterminant dans mon éducation politique.

Voilà pourquoi j’étais doublement intéressé par la conférence récente au Cercle, et un peu scandalisé par la présence d’un fasciste et représentant de la dictature, déguisé en éminent professeur. Imaginez une conférence sur la Deuxième Guerre mondiale où on inviterait un ancien SS?

Cet épisode m’a fait mieux comprendre le résultat des dernières élections législatives au Portugal, il y a peu, où le parti d’extrême droite, Chega, héritier de la dictature évoquée, a raflé la mise et est aujourd’hui aux portes du pouvoir. Il m’a également mieux fait comprendre le fait que le même parti portugais d’extrême droite a fait un score historique au Luxembourg, aux dernières élections législatives portugaises. On semble marcher sur la tête.

L’ambassadeur du Portugal au Luxembourg, grand ordonnateur de la conférence citée, a pour le moins clairement fait comprendre de quoi il retourne. Peut-être qu’en bon ambassadeur sent-il le vent de l’histoire tourner et il aimerait tellement rester du côté du soleil? Ou du côté du pouvoir?

Faut-il rappeler que le fait de s’être débarrassé de son dictateur et le fait d’être devenu membre de l’Union européenne a permis au Portugal de sortir de la pauvreté et de connaître une embellie économique et sociale sans précédent?

Mais l’être humain oublie tellement vite! Vous également?

René Kollwelter est un ancien député et ancien conseiller d’Etat
René Kollwelter est un ancien député et ancien conseiller d’Etat