Interview Reflets dans la glace: La vague froide selon Ice In My Eyes

Interview  / Reflets dans la glace: La vague froide selon Ice In My Eyes
A voir ce vendredi sur la place Clairefontaine à Luxembourg-ville: Ice In My Eyes Photo: Christian Wilmes

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Le nom Ice In My Eyes provient du „Cold“ de The Cure, et le groupe luxembourgeois donne froid dans le dos, mais aussi dans les oreilles. D’abord quatuor avec Olivier Treinen au chant, Ben Thommes à la guitare, Luc Hoffmann à la batterie et Mike Koster à la basse, l’intégration de Marc Clément au synthétiseur n’a fait, à l’évidence, qu’amplifier la touche new wave de la formation. Ice In My Eyes jouera ce vendredi sur la place Clairefontaine, tout près du „De Gudde Wëllen“. Rencontre avec Olivier Treinen.

Tageblatt: En jouant un rock qui réactualise la new wave, comment situez-vous Ice In My Eyes sur la carte musicale luxembourgeoise?

Olivier Treinen: A mon avis, les formations pop-rock qui nous ressemblent ne sont pas légion. Cela a toujours été le cas, en ce qui me concerne, depuis que je fais de la musique, avec L’Ego ou Metro. Au Luxembourg, j’ai évolué au milieu du math-rock, du hardcore ou du heavy métal. Depuis le début des années 1990, je ne me suis jamais retrouvé dans ces mouvances ou ces sonorités, mais sans le vouloir. J’aurais bien aimé avoir d’autres groupes plus proches de ce qui se fait au Luxembourg, comme pour m’entraîner. Même s’il y a, depuis, une certaine diversité de genres qui s’y est installée, j’ai l’impression que l’on reste des OVNI avec Ice In My Eyes.

Vous appréciez la new wave et un album de Ice In My Eyes s’appelle „New Romantic“, or dans „new wave“ et dans „new romantic“ il y a le mot „new“: qu’est-ce que le groupe cherche à apporter musicalement de nouveau?

La new wave et la new romantic, c’est une boutade: c’est parce qu’on ressemble à des groupes des années 1980. Mais comme beaucoup aujourd’hui, en fait. On joue de la new wave à notre sauce. On a surtout envie de faire les chansons qu’on fait, il n’y a pas de recette, il n’y a pas un schéma appliqué; si cela était le cas, autant utiliser un algorithme, et arrêter de faire de la musique. S’il y a des chansons qui ressemblent à Future Islands, c’est simplement parce qu’il y a des influences en commun. S’il y a beaucoup de synthé et, en contrepartie, moins de guitare, la couleur change, le parfum renvoie aux années 1980.

Le son synthétique des années 1980 représentait le futur; il est amusant de constater que, quarante ans plus tard, c’est le son du présent.

C’est clair. A l’époque, beaucoup de ces sonorités m’horripilaient profondément, quand j’entendais certains morceaux à la radio, alors que, maintenant, je comprends pourquoi ces mêmes morceaux sont bons. J’arrive, par exemple, à supporter des sons de batterie bizarroïdes, parce que je sais que c’est ancré dans cette ère-là.

Je trouve génial le parallèle entre la cold wave et l’époque de merde! Si on analyse bien, toutes les époques se valent en termes de merditude. C’était une sale époque, mais aujourd’hui ce n’est pas glorieux.

Olivier Treinen, chanteur de Ice In My Eyes

Vu l’actualité plombante à l’échelle mondiale, pensez-vous que la cold wave soit un parfait reflet musical de notre époque?

C’est vrai que la cold wave se retrouve partout. Sur toutes les bases, il y a un effet chorus, des grosses nappes de synthétiseurs, un chant à la Ian Curtis ou à la Robert Smith. C’était ce que j’entendais dans ma prime jeunesse. Je trouve génial le parallèle entre la cold wave et l’époque de merde! Si on analyse bien, toutes les époques se valent en termes de merditude. Ian Curtis a voté Margaret Thatcher et s’est pendu, certes pour d’autres raisons. C’était une sale époque, mais aujourd’hui ce n’est pas glorieux. Aussi, entre la fin des eighties et le début des nineties, le rock a commencé à être une spirale encore plus qu’avant. C’est comme dans la mode: il y a des genres qui reviennent, de façon cyclique. Et là, c’est la cold wave.

Dans Ice In My Eyes, il y a de la cold à travers le synté donc, mais aussi dans les textes ou le chant torturé, sauf que la production rend le tout plus maximal que minimal: la tragédie est transcendée par le rythme.

Oui, absolument, ce n’est pas „Pornography“ ou „Faith“, ni Joy Division. C’est toute la pop indé anglo-saxonne. Le résultat est aussi dû à Jan Kerscher. En plus d’être un producteur de talent, c’est un bon psychologue. Il a ouvert le son et a unifié des morceaux de styles différents, tout en leur donnant une ligne.

Etant donné que vous citez „Sérotonine“ de Michel Houellebecq parmi vos livres de chevet, que diriez-vous à propos du côté antidépresseur de la musique?

Jouer ou écouter de la musique, c’est très bien, et ce pour moult raisons, que cela soit en écho à la nostalgie, ou parce qu’un morceau emprisonne un moment pour toujours. Et puis la musique fait en sorte que l’on se sente moins seul. C’est le partage dans un langage, peut-être mathématique. Mais vu que je suis nul en mathématiques, je préfère le terme „magique“.

Le groupe en action
Le groupe en action Photo: Mike Zenari

Par analogie à la phrase d’Angelo Rinaldi qui disait qu’un roman, c’était une dépression nerveuse domptée par la grammaire, est-ce qu’une chanson, c’est une dépression nerveuse domptée par la mélodie?

C’est une sorte de ritournelle cosmique. Et cette ritournelle vient de je ne sais où. En chantant, en laissant couler, on ne sait pas soi-même les premiers mots que l’on va prononcer. C’est de l’inconscient sublimé.

Au niveau de votre voix, on pense à Robert Smith, et un peu à Yannis Philippakis de Foals.

J’ai activement écouté The Cure, il y a très longtemps, mais aussi parce que depuis très longtemps, ils ne sortent plus de disques valables, ou plus de disques du tout. Cela dit, j’ai été aussi inspiré par plein d’autres chanteurs – il y a vingt ans, ça pouvait être Robert Wyatt, Morrissey … Au tout début, quelqu’un m’avait dit que ma voix ressemblait à celle d’Eddie Vedder, de Pearl Jam, alors que je n’avais jamais écouté Pearl Jam de ma vie! Plus je m’éloigne de l’époque The Cure, et plus j’ai l’impression que ça revient, du point de vue de la tonalité ou de l’expression, mais il faut dire aussi que je suis un autodidacte.

Voir Ice In My Eyes en live, c’est danser sur la glace?

J’ai toujours joué dans des groupes où l’on parlait de faire de la musique dépressive pour danser dessus. Et Ice In My Eyes ne fait pas vraiment exception. On est des personnalités fortes, mais peu expressives question rock attitude. Ice In My Eyes constitue en tout cas une unité.

Ice In My Eyes à la „Fête de la musique“ à Luxembourg-ville

Ice In My Eyes se produira à la place Clairefontaine à Luxembourg-ville, ce vendredi 14 juin à partir de 16 h. Le groupe a été invité par „De Gudde Wëllen“ qui présentera des artistes tout au long de la journée dans le cadre de la „Fête de la musique“. Plus d’informations à propos de la „Fête de la musique“ sur fetedelamusique.lu.

Rammel
13. Juni 2024 - 17.30

"Le groupe a été invité par „De Gudde Wëllen“" Verstinn ech net. Huet den Ben Thommes sech selwer agelueden?