ForumNouveau Front populaire – Le rouge et le brun (et pourquoi la bourgeoisie préfère le dernier)

Forum / Nouveau Front populaire – Le rouge et le brun (et pourquoi la bourgeoisie préfère le dernier)
 Photo: archives/Philippe Lopez/AFP

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En politique, rien n’est le fruit du hasard. Lorsque Emmanuel Macron a été élu à la présidence de la République en 2017, il succédait au mandat de François Hollande, qui, le temps d’une campagne électorale, s’était mu en candidat de gauche. Avec pour seule réforme progressiste le mariage pour tous, la présidence Hollande s’est caractérisée par une politique en faveur du capital et contre le salariat (i.e. loi El Khomri), sans oublier l’absence de soutien à un gouvernement grec trop naïf ainsi que la nomination au ministère de l’Economie de Macron, un banquier d’affaires présenté comme un „Mozart de la finance“. C’est ce bilan qui poussa Hollande à renoncer à briguer un second mandat et qui permit l’élection de son successeur.

Suite à sa nomination au gouvernement sous Hollande, Macron, alors inconnu, a très rapidement reçu les faveurs de la bourgeoisie française, voyant en lui une version française de Margaret Thatcher. Il ne faut pas perdre de vue que la France, en tant que dernière des trois puissances majeures d’Europe de l’Ouest, avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, et malgré de nombreuses contre-réformes, n’avait pas encore été totalement emportée par la vague néolibérale.

En faisant usage de la violence policière afin de réprimer le mouvement social des „Gilets jaunes“ durant son premier mandat, Macron avait déclaré la guerre aux classes populaires et à la jeunesse afin de les dissuader de toute révolte à venir. Réélu grâce à ces mêmes classes qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen, Macron a immédiatement initié une réforme des retraites aussi inutile qu’injuste et dont personne, à l’exception des marchés financiers, ne voulait.

La lutte contre les classes populaires

Réprimant avec férocité le mouvement social et syndical, Macron ne parvint à faire passer sa réforme qu’à la faveur d’un usage immodéré de l’article 49.3 de la constitution française, permettant à l’exécutif de faire fi d’une éventuelle majorité législative. Et même à bout de souffle et en fin de vie, le gouvernement du grand bourgeois Attal entend encore porter un grand coup à l’assurance-chômage afin d’enfermer davantage les chômeurs et les chômeuses dans une dépendance vis-à-vis du patronat qui pourra dicter des conditions d’embauches encore plus catastrophiques.

Bref, les sept années de Macron à l’Elysée se résument à une lutte sans concession de la bourgeoisie française contre les classes populaires avec un Macron qui ne trouve d’adhésion plus qu’au sein de la partie la plus riche, la plus privilégiée et la plus blanche de la population française.

Car il ne faudrait pas perdre de vue les clins d’œil que Macron envoie régulièrement aux milieux les plus réactionnaires. Ayant non seulement perdu, mais littéralement dressé contre lui les classes populaires, Macron doit s’appuyer sur les franges les plus à droite de l’échiquier politique. En permettant au Rassemblement national d’investir une vice-présidence à l’Assemblée nationale, en faisant voter la loi „immigration“ afin de complaire à l’électorat du RN, en lançant des chasses aux „wokisme“ et à un prétendu et indéfini „islamo-gauchisme“ dans les universités (reprenant une terminologie issue des milieux fascistes) et en favorisant des médias privés détenus par des milliardaires réactionnaires qui font passer des propagandistes d’extrême droite pour de simples animateurs ou journalistes,

Macron a rempli toutes les cases pour légitimer et normaliser les idées fascistes afin de faire valoir le RN comme unique alternative au macronisme.

Le but de la bourgeoisie française n’est pas forcément de mettre le RN au pouvoir. Il lui suffit amplement de disposer d’un appareil d’Etat qui exécute les réformes qu’elle souhaite. Pour cela, il lui suffit de disposer du parti présidentiel, de ses éventuels supplétifs et d’un RN captant et stérilisant une partie de l’électorat protestataire. Cela fut particulièrement visible lors de la réforme des retraites: alors que les différents partis de gauche, même s’ils n’étaient pas toujours d’accord sur les tactiques à adopter, combattaient l’allongement de l’âge de départ à la retraite, c’est le RN qui fut mis en avant par les médias bourgeois en tant qu’opposant alors même qu’il n’y était pas opposé, si ce n’est favorable!

Des réponses politiques réactionnaires

De plus, dans le but de discréditer le plus possible la force politique de gauche représentée au parlement la plus efficace et la plus populaire, à savoir la France insoumise, dont le candidat, Jean-Luc Mélenchon, avait raté de peu la qualification pour le second tour de l’élection présidentielle de 2022, la macronie n’a reculé devant aucune diffamation, la renvoyant dos-à-dos avec le RN, voire préférant l’exclure de l’„arc républicain“. Ce n’est pas nouveau: à choisir, une fraction importante de la bourgeoisie préfère le brun au rouge.

David Wagner est député de „déi Lénk“
David Wagner est député de „déi Lénk“ Photo: Editpress/Tania Feller

Par ailleurs, il serait faux de prendre le cas de la France de manière isolée. Dans tous les pays de l’Occident (dés)industrialisé, des réponses politiques réactionnaires à la crise globalisée du système capitaliste sont mises en place en prenant en compte, évidemment, les particularités nationales. L’enjeu est clair: face à l’appauvrissement des travailleurs, face à l’affaiblissement et à la destruction des conquêtes sociales, il s’agit d’empêcher des luttes communes des différentes catégories du salariat, ainsi que d’imposer des régimes de plus en plus autoritaires, qui amalgament, par exemple, les révoltes sociales au „terrorisme“. Nous ne sommes plus dans les années 20, 30 ou 40 du siècle dernier. Le fascisme ne s’orne plus forcément d’uniformes ou de postures grandiloquentes. Le nouveau fascisme s’adapte, allant parfois jusqu’à rouler (à nouveau) dans la farine le centre-droit politique dont certains éléments font mine qu’ils ne le reconnaissent pas.

La bourgeoisie ne se laissera pas faire

Contrairement aux calculs politiciens de Macron, les composantes de la gauche ne sont pas parties divisées dans la bataille électorale. Le Nouveau Front populaire rassemble largement au-delà des partis parlementaires et ils arrivent à s’entendre sur des propositions de réforme qui pourront sensiblement améliorer la vie de millions de personnes en France. Si le NFP parvenait à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, la tâche serait évidemment très difficile. A „déi Lénk“, nous sommes conscients que nos camarades de la France insoumise et du PCF savent qu’ils n’ont pas le droit de décevoir. Le NFP, ce ne doit pas être que l’union pour l’union, ce ne doit pas être qu’une coalition antifasciste, ce doit être un programme de rupture sur le long terme, qui espérons-le, débordera les frontières de l’Hexagone et enclenchera une dynamique de dépassement du capitalisme dans toute l’Europe et au-delà.

Ce gouvernement devra être particulièrement solide. Il ne pourra se passer, comme en 1936, de mouvements de base et d’une forte mobilisation syndicale qui lui permettra d’aller le plus loin possible. Car la bourgeoisie ne se laissera pas faire. Elle peut combiner la violence physique à l’insulte répétée. Elle peut lâcher ses chiens bruns si nécessaire. Voilà pourquoi le NFP ne pourra se satisfaire d’une simple politique de gestion social-démocrate. Max Horkheimer l’avait parfaitement formulé en 1939: „Wer aber auch über den Kapitalismus nicht reden will, sollte über den Faschismus schweigen.“

Grober J-P.
24. Juni 2024 - 10.21

Ainsi l’histoire va se répétant, ou est-ce que l’on croit vraiment qu’avec les bruns à la tête d’un gouvernement les « petits gens » pourraient sortir de leur misère. Rappelez-vous 1933. A la fin c’est toujours le « peuple » qui subit les conséquences. Merci à l’arrogance de nos politiciens !
Firwat sin alleguer esou blann?

Unverzagt Irma
23. Juni 2024 - 10.14

Quelles seraient les 'particularités nationales' dans les pays de l'Occident?

fraulein smilla
23. Juni 2024 - 9.23

Le 9 juin ,54 % des travailleurs ont voté pour le RN . PS- PP et le LFI tout confondu arrivent à moin 15 % . Il semble que la gauche sociétale wokiste leur donne point de réconfort. Le premier qui a utilisé le terme Islamo Gauchiste fut le politologe tout sauf fasciste Pierre Andre Taguieff dans son livre La nouvelle judéophobie .-Un Venezuela ante portas ,il ne manquet plus que ca .

JUNG LUC
22. Juni 2024 - 16.58

A choisir, je préfère les bruns. Je n'aime pas du tout les bolchéviques. J'ai pu constater à trois reprises ce que fut la RDA et à deux reprises ce que fut la Roumanie (Ceaucesco) et à deux reprises ce fut URSS (Brejnev).
A titre indicatif, je n'appartient pas à la bourgeoisie, mais à mon avis à la classe moyenne.

Luxmann
22. Juni 2024 - 11.41

Une phrase resume parfaitement la macronie.
C est celle du ministre de l economie Le Maire qui juge inacceptable et dangereuse la proposition d un smic a 1600 euros en France.
Il est certain que pour des gens touchant un revenu mensuel depassant allegrement les 16.000 euros...voila une proposition saugrenue.