“La malnutrition est un fléau dans les pays en développement et rend leur population plus sensible aux maladies occidentales, comme le diabète”, souligne Philip James, président du groupe de travail international sur l’obésité (IASO), lors d’une session sur les sciences de la vie et l’urbanisation. Selon ce médecin, qui travaille notamment avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), “l’obésité et les maladies chroniques sont intrinsèquement liées à la malnutrition à l’échelle mondiale”. Et ce, dès la grossesse. Les chiffres de l’OMS sont éloquents: sur les dix pays comptant le plus de diabétiques, sept sont en développement. L’Inde arrive en tête avec 35 millions de malades.
La “forte urbanisation” de ces pays qui ont fait adopter à leur population les habitudes alimentaires des pays industrialisés expliquent en partie ces maladies.
“Nous sommes arrivés à une situation de crise car après la Seconde Guerre mondiale toute notre politique agricole (…) a mis l’accent sur la production de viande, de graisses et de sucres”, explique Philip James. “Aujourd’hui, ces industries alimentaires se sont rendu compte que leur plus grand marché est le monde en développement car il y a des milliards de consommateurs et on voit une épidémie d’obésité, de diabète, de tension artérielle et de cancers dans ces pays pauvres”, déplore-t-il. “La mortalité y est cinq fois plus élevée que dans les pays riches parce qu’ils sont beaucoup plus sensibles, car conditionnés par la malnutrition”, observe le médecin.
Et si 90% des diabètes dans le monde sont des diabètes de type 2, dits “diabètes gras”, ils frappent également de plus en plus jeune, dès l’adolescence.
Selon Philip James, des études ont révélé que “lorsque des enfants ont souffert de malnutrition, étant bébé, voire avant même leur naissance, ils devenaient, en grandissant, extrêmement sensibles au diabète”. “Cela n’arrive pas seulement en Afrique” assure-t-il. Aux Pays-Bas et en Finlande, “les enfants conçus pendant la Seconde guerre mondiale, alors que leurs mères étaient mal nourries, étaient dotés d’un organisme prêt à s’accommoder de peu de nourriture”, explique-t-il. “Et quand par la suite, ils ont eu à disposition la nourriture du monde occidental, riche en graisses, sucres et sels, cela a eu un effet très néfaste”, ajoute Philip James. On l’a observé en Allemagne, en Espagne, après la guerre civile. Et c’est aujourd’hui le cas en Inde, au Mexique et en Chine, qui compte 29% d’obèses, selon l’OMS.
“Pour faire face à cette épidémie, il faut changer entièrement le système alimentaire”, souligne l’expert. Avec une réelle volonté politique. Au cours des 20 dernières années, la Finlande est ainsi parvenue à abaisser de 90% le nombre de maladies cardiovasculaires en privilégiant les légumes dans le menu des cantines scolaires et en mettant en place des bars à salades gratuits dans les restaurants.