La presse historique numérisée par la Bibliothèque nationale permet de comprendre que vers 1900 la fraise commune des Luxembourgeois était minuscule, mais savoureuse, dite „sauvage“ ou des „bois“. Les quotidiens évoquent régulièrement l’ouverture de la saison de la collecte et des accidents que celle-ci ne manque pas de provoquer, des enfants confondant les fruits sylvestres avec des baies vénéneuses.  

Antoinette Reuter

„Notre“ fraise ordinaire, celle „des jardins“ était à l’époque le domaine réservé de quelques professionnels et amateurs éclairés. C’est que ses origines sont lointaines. Issue du croisement de plants ramenés entre le 16e et le 18e siècle de la Virginie (Amérique du Nord) et du Chili (Amérique latine), elle se caractérise par ses fruits plus gros et sa couleur rouge foncée.

D’abord cultivée dans les domaines du roi de France à Versailles, elle se diffuse, après un passage par le jardin botanique de Brest, dans la presqu’île bretonne de Plougastel. C’est en cette région que pour la première fois la fraise est cultivée en plein champ. La production qui reste modeste est destinée par voie de mer au marché anglais. C’est l’ouverture de la voie ferrée Brest-Paris qui lance la fraisiculture à grande échelle.

Vers 1870, une variété cultivée à Plougastel, la fraise „ananas“ est introduite par deux vignerons à Woippy, un village de la périphérie de Metz. Dans les décennies suivantes sa culture s’étendra à l’ensemble du pays messin en remplacement notamment des vignes détruites par le phylloxera au début du 20e siècle. Le gros de la production est destiné à l’exportation vers l’Allemagne, Metz étant à l’époque coupée du marché français par l’annexion de la Moselle au „Reich“ en 1871.

L’âge d’or de la fraise de Woippy

Avec le retour de la région messine à la France en 1918 la fraise de Woippy trouve le chemin des halles parisiennes. Elle est présente en Suisse comme au Luxembourg où le syndicat des fraisiculteurs mosellans promeut régulièrement sa production dans les quotidiens proposant de livrer par wagon, par camion ou même, les samedis, par panier. L’entre-deux-guerres représente l’âge d’or de la fraise de Woippy.

Vers 1900, Nicolas Kolber, un horticulteur de Steinsel étonne le public par ses plantations de fraises. Sa production, modeste au départ, s’affirme alors qu’il fait siennes vers 1930 les méthodes de culture en plein champ qui ont fait leur preuve à Woippy. D’autres paysans suivent la voie tracée imposant Steinsel comme le village par excellence de la fraise au Luxembourg.

En 1936 une association réunit une bonne centaine de producteurs. La production est relancée après la Deuxième Guerre mondiale, donnant lieu en 1956 à la création d’une coopérative fraisière. Une partie de la récolte qui est de 45 tonnes en 1962 est transformée en confiture, en vin et en alcool de fraise.

A partir des années 1970, Steinsel subit de plein fouet la concurrence de la fraise produite à faible coût salarial en Europe du Sud, principalement dans les serres espagnoles et acheminée par camion frigorifique. La production redevient confidentielle. Depuis 2001 le Centre d’initiative et de gestion local (CIGL) a repris la culture en mettant en avant la qualité d’une production locale et responsable, biologique de surcroît. A vos paniers pour la cueillette!

 

Un projet du CDMH

Dans les imaginaires collectifs rien ne semble plus incompatible avec le monde végétal – enraciné – que les migrations, mobiles par définition. Le Centre de documentation sur les migrations humaines (CDMH) explore depuis ses origines ces pérégrinations végétalo-culturelles. Jardins ouvriers et diversité étaient une des thématiques mises en œuvre avec les architectes-urbanistes de la Miami University autour du quartier „Italien“ à Dudelange (1996-2006) avec l’appui de la Fondation bassin minier. Aujourd’hui, le CDMH souhaite s’engager dans une nouvelle étape en mettant à la disposition du public ses ressources à travers une rubrique évoquant les liens entre plantes, assiettes et migrations.

Il n’évoquera donc pas exclusivement la cuisine de tel ou tel pays, mais évoquera les rencontres, les échanges, les redécouvertes aussi. Car des plantes bien de chez nous, tombées en disgrâce auprès du public local au fil des décennies ont été remises au goût du jour par des chefs venus d’ailleurs. Il espère offrir par là un regard inattendu sur l’Histoire du Luxembourg, histoire des migrations, mais aussi histoire tout court. Par ailleurs des informations complémentaires seront mises en ligne sur les sites du CDMH et il sera fait au public une offre régulière de rencontre, d’échange ou de découverte.

 

Soufflé façon „tartine à la confiture de fraises“

Pour 6 personnes:

12 fraises
environ 350 g de pain blanc rassis
450 ml de lait
3 oeufs séparés
6 cc de confiture de fraises
1 cc de sucre
jus d’1/2 citron pressé
beurre

1. Rincer puis tailler les fraises en quartiers.
2. Dans un bol, réunir les fraises, 1 cuillère à café de sucre et le jus de citron. Mélanger à la cuillère puis réserver au frais.
3. Couper le pain rassis et laisser tremper dans le lait pendant au moins 10 minutes.
4. Ajouter au pain trempé 3 jaunes d’oeufs et 6 cuillères à café de confiture de fraises puis mixer finement.
5. Egoutter les quartiers de fraises puis ajouter à la préparation.
6. Battre les blancs d’oeufs et incorporer délicatement à la préparation.
7. Faire cuire dans un moule beurré pendant 25 minutes au four à 200 degrés.

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