Le suspect numéro un dans le meurtre de Valentin s’était, ces dernières années, engagé avec sa compagne dans une folle errance à travers la France, et les enquêteurs tentent de vérifier si ce couple, souvent qualifié d'”illuminé”, a pu commettre d’autres crimes. Stéphane Moitoiret, 39 ans, et Noëlla Hégo, 48 ans, “erraient de village en village, de paroisse en paroisse, au moins depuis 2006”, année au cours de laquelle ils ont été vus ensemble en Saône-et-Loire, a indiqué le général David Galtier, un haut responsable de la gendarmerie nationale. Ils ont aussi été signalés par des gendarmes en Ardèche, dans l’Ain et dans l’Isère au cours des dernières années, a précisé l’officier. Selon la soeur de Noëlla, Chantal Hégo, qui vit à Clary (Nord), les deux routards vont “de droite à gauche” ensemble depuis vingt ans dans toute la France, mais aussi en Italie. Noëlla, décrite comme “très croyante” par sa soeur, appelait de temps en temps sa mère, a-t-on appris auprès d’un enquêteur, selon qui Stéphane, originaire de l’Oise, n’entretenait, lui, que des contacts épisodiques avec sa famille. La mère de Stéphane a confirmé qu’elle n’avait plus eu de contact avec son fils depuis 2005. “Stéphane, c’était un illuminé, chez notre mère il était toujours en train de faire des prières”, a affirmé Chantal Hégo. “Il se lavait plusieurs fois par jour et, la nuit, il ne dormait pratiquement pas, il mettait des bougies, il était végétarien et ne mangeait pas avec nous”, a-t-elle poursuivi. Depuis la mort de son père en 1986 et sa rencontre avec Noëlla, Stéphane “souffre de délire de persécution”, a expliqué sa mère, Chantal Potier. “Ils ont dû le prendre (Valentin) pour quelqu’un qui leur voulait du mal”, a-t-elle lâché.
Stéphane appelle sa compagne “son Eminence” ou “la Princesse”, selon des enquêteurs, et, lui, il dit être son “secrétaire particulier”. Selon Chantal Potier, le couple est “fusionnel”, “ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre, mais c’est elle qui dirige le couple”. Le procureur de Bourg-en-Bresse, Jean-Paul Gandolière, décrit le principal suspect, qui ne reconnait pas le meurtre de Valentin, comme “inquiétant, parlant de sa mission divine avec les yeux exorbités”. Lui et sa compagne se présentent généralement “comme des pèlerins venus d’Australie, ils disent qu’ils sont en mission pour résoudre des problèmes internationaux”, a encore dit M. Gandolière. Pour sa part, le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, a indiqué que l’ADN prélevé sur les deux suspects allait être confronté aux ADN inconnus relevés sur des scènes de crimes dans toute la France, afin d’établir si Stéphane Moitoiret et sa compagne ont pu être mêlés à des affaires non élucidées.
“Quand on voit comment l’enfant a été littéralement +saigné+, on se dit qu’ils peuvent être très dangereux et on se demande forcément” s’ils n’ont pas commis d’autres crimes, a commenté M. Viout. Dans ce contexte, des investigations sont menées depuis 24 heures par le service technique de recherche judiciaire et de documentation (STRJD) de la gendarmerie, à Rosny-sous-Bois. “Nous cherchons à établir d’éventuels liens avec des crimes commis à l’arme blanche sur des personnes isolées, sur la voie publique et de préférence la nuit”, a détaillé le général Galtier, citant notamment le meurtre non résolu d’un travesti, Jessica, en 1995 à Rilleux-la-Pape (Rhône).