Les Boliviens votaient dimanche dans un calme relatif lors d’un référendum à “haut risque” pour renouveler leur confiance au président socialiste Evo Morales ainsi qu’à huit gouverneurs de régions, dont six opposants libéraux et autonomistes. Le ministre de l’intérieur, Alfredo Rada, a affirmé que le scrutin se déroulait dans le calme, évoquant des “incidents isolés” comme la disparition de bulletins de votes dans un bureau de Yucumo dans la région du Beni (nord). A Santa Cruz (est), le gouverneur libéral Ruben Costas, un opposant farouche du président Morales, s’est déclaré confiant et “heureux”, ajoutant que les résultats permettraient “d’accélérer le processus d’autonomie” de la région. Le président Morales a voté au Chapare (est de La Paz), une zone de plantation de coca qui constitue son bastion électoral. Entouré de deux de ses enfants Alvaro et Evaluz âgé de 12 et 13 ans, le président, en chemise blanche à manches courtes, a affirmé que “son rêve était que l’on parvienne à réaliser une grande unité du peuple bolivien”. L’apparition d’Evo avec deux enfants a surpris les journalistes locaux, le président étant officiellement célibataire et peu enclin à évoquer sa vie privée.
Pour sortir la Bolivie de l’impasse politique et de la division, Evo Morales, premier président indigène de ce pays andin pauvre peuplé de 10 millions d’habitants, a organisé 32 mois après son arrivée au pouvoir un référendum révocatoire remettant en jeu son mandat. Le scrutin concerne également les mandats du vice-président et de huit gouverneurs de régions, dont six sont hostiles au gouvernement de gauche. Le président Morales (48 ans) qui espère obtenir plus de 74% des voix devrait être confirmé à son poste, ainsi que son principal adversaire, Ruben Costas, le puissant gouverneur de la région de Santa Cruz (est), moteur économique de la Bolivie qui représente 30% de son PIB. “Je n’ai pas peur du peuple”, a lancé samedi M. Morales, qui de l’avis des analystes se trouve en difficulté à cause de sa “politique de confrontation” et a sous-estimé la montée du mouvement autonomiste. Selon des sondages privés, M. Morales devrait remporter 54% des voix, tandis que Ruben Costas obtiendrait 74%. Les gouverneurs des régions de Pando (nord), d’Oruro (sud) et de Cochabamba (centre) paraissent en difficulté. La campagne a été émaillée d’incidents et le président Morales a dû annuler au moins quatre déplacements à cause de manifestations hostiles. Le scrutin s’est ouvert dans un climat d’incertitude car la manière d’interpréter les résultats fait l’objet de divergences entre la Cour Nationale électorale (CNE) et le Congrès. Le système est simple pour M. Morales et son vice-président Alvaro Garcia Linera qui doivent recueillir plus de 53,74% de voix défavorables pour être révoqués.
Par contre les observateurs notamment de l’OEA (Organisation des Etats américains) s’inquiètent des confusions possibles concernant les gouverneurs. Selon la loi sur le référendum adoptée au Congrès, les gouverneurs seront révoqués si le “non” dépasse leur score de décembre 2005 (entre 38 et 48%), alors que la CNE a estimé que les votes négatifs devaient dépasser les 50% pour qu’ils renoncent à leur mandat. Le vote est obligatoire pour les 4 millions d’électeurs boliviens. Quelque 18.000 policiers ont été mobilisés pour surveiller les bureaux de vote, qui devaient fermer à 16H00 locales (20H00 GMT). Les premiers sondages sont attendus quelques heures après la fermeture des urnes et les résultats officiels dans une semaine.