Le président sud-africain Thabo Mbeki s’est envolé mercredi pour Luanda pour faire le point sur l’avancée des négociations au Zimbabwe, suspendues la veille au soir après un accord partiel entre le régime et une petite faction de l’opposition. Après trois jours d’âpres pourparlers, le chef de l’Etat zimbabwéen Robert Mugabe et une faction dissidente de l’opposition dirigée par Arthur Mutambara ont trouvé une entente pour la formation d’un gouvernement d’union mais sans la principale formation de lutte contre le régime menée par Morgan Tsvangirai. “Nous avons traité tous les points sur lesquels le président Mugabe et Mutambara sont d’accord, mais il y a désaccord sur un élément pour lequel Morgan Tsvangirai a demandé un temps de réflexion”, a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi M. Mbeki, médiateur de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) au Zimbabwe. “Nous avons ajourné afin de laisser à Morgan Tsvangirai le temps d’examiner ces sujets”, a-t-il ajouté. La présidence sud-africaine n’a pu dire mercredi si les négociations reprendraient avant ou après un sommet de la SADC prévu ce week-end à Johannesburg. “Les pourparlers sont suspendus et non terminés mais je ne pourrais pas dire jusqu’à quand”, a déclaré le porte-parole de M. Mbeki, Mukoni Ratshitanga.
A Harare depuis samedi pour aider les trois protagonistes d’un éventuel gouvernement d’union à conclure un accord de partage du pouvoir, M. Mbeki est parti mercredi matin pour Luanda. Il doit y faire un compte-rendu de la situation au Zimbabwe au président en exercice de l’organe de défense et de sécurité de la SADC, le président angolais Jose Eduardo Dos Santos, selon M. Ratshitanga.
Après une visite d’Etat de 24 heures en Angola, le président Mbeki fera à nouveau un compte-rendu sur le processus de médiation lors du sommet de la SADC.
Certains pays d’Afrique australe dénoncent ouvertement le régime de M. Mugabe. Le Bostwana, dont l’économie est fortement touchée par l’afflux d’immigrés zimbabwéens, a l’intention de ne pas prendre part au sommet si Robert Mugabe est présent.
Ce pays voisin avait d’ailleurs demandé l’exclusion du Zimbabwe de la SADC et de l’Union africaine (UA) après la réélection contestée le 27 juin du président Mugabe, 84 ans, lors d’un scrutin où il était seul en lice. M. Tsvangirai, 56 ans, s’était retiré de la course en raison des violences déchaînées contre ses partisans après être arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle fin mars. Au nom de cette victoire au premier tour, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) réclame le contrôle du gouvernement. Mais le plus âgé des chefs d’Etat d’Afrique n’entend pas céder ses prérogatives accumulées depuis l’indépendance de l’ex-Rhodésie du sud britannique en 1980. Devant l’intransigeance de ces deux poids-lourds, la petite faction emmenée par M. Mutambara prend une place stratégique. Sans elle, le MDC de M. Tsvangirai perd la majorité absolue au Parlement. Mais l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) du chef de l’Etat et le MDC-Mutambara ne pourraient constituer qu’une fragile coalition sans le soutien des députés fidèles à M. Tsvangirai. Le médiateur a souligné sa volonté de parvenir à un accord entre tous les protagonistes. “J’ai une grande confiance dans leur capacité à résoudre les questions en suspens pour mettre en place un gouvernement qui inclue toutes les parties et ensuite à travailler ensemble”, avait-il dit à l’issue d’une nouvelle séance de négociations mardi soir. M. Tsvangirai avait auparavant brusquement quitté l’hôtel où se déroulaient les pourparlers, le visage fermé. “Je ne comprends la langue que vous parlez”, avait déclaré le leader du MDC en sortant de la réunion, selon un responsable du parti au pouvoir cité par le quotidien sud-africain Business Day.