Le président socialiste Evo Morales remet dimanche en jeu son mandat par référendum pour tenter de sortir de la grave crise politique que traverse la Bolivie, pays le plus pauvre d’Amérique du sud, et de reprendre l’initiative face à une opposition de plus en plus pugnace. Le référendum remet en jeu les mandats de M. Morales, de son vice-président, Alvaro Garcia-Linera, et ceux de huit gouverneurs de régions dont sept, libéraux et conservateurs, s’opposent avec acharnement à son gouvernement. Premier président indigène de la Bolivie depuis son indépendance, il y a 183 ans, M. Morales veut transformer profondément son pays en faisant adopter un projet de Constitution de tonalité étatiste et indigéniste. L’opposition de droite, libérale et conservatrice, notamment le principal parti d’opposition, Podemos, majoritaire au Sénat, mène la vie dure au gouvernement de gauche avec le soutien actif des gouverneurs de régions les plus riches notamment Santa Cruz (est) et Tarija (sud) qui réalisent plus de 40% du PIB du pays.
“Cela fait un an qu’il (Evo Morales) prend des coups et cherche à reprendre l’initiative”, a expliqué jeudi à l’AFP un diplomate européen à La Paz en ajoutant que le président “en difficulté, doit relancer la machine”. Le Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti soutenant M. Morales, a mené une campagne active en faveur du président notamment dans les régions andines de La Paz, Oruro et Potosi, qui lui sont favorables. Selon les sondages le président Morales devrait être ratifié ainsi que son opposant le plus virulent, Ruben Costas, le gouverneur de la ville de Santa Cruz, moteur économique du pays andin par ses réserves d’hydrocarbures et son secteur agro-alimentaire. Le gouverneur de La Paz, Jose-Luis Paredes, un opposant social-démocrate, est en difficulté ainsi que l’ancien député du MAS, Alberto Aguilar, gouverneur de Oruro (sud) et le très conservateur Manfred Reyes à Cochabamba (centre) qui a déclaré ne pas reconnaître le scrutin. “L’opposition veut essayer d’empêcher le référendum et cherche à le décrédibiliser et à le délégitimer”, a affirmé jeudi à La Paz à l’AFP, le sociologue Franck Poupeau, chercheur à l’Institut français d’études andines (IFEA).
Le système de scrutin est spécifique à la Bolivie puisque le président peut être révoqué si le “non” l’emporte avec plus de 53,74%, son score lors de l’élection présidentielle en janvier 2006. Les sept gouverneurs de régions seront, eux, révoqués si le nombre de “non” dépasse leurs scores obtenus durant leur dernière élection. La campagne électorale a été émaillée d’incidents. Le président n’a pu effectuer les déplacements prévus dans quatre régions en raison de manifestations contre lui. En outre, plusieurs conflits sociaux ont fait monter en début de semaine la tension: deux mineurs appartenant à la Centrale ouvrière bolivienne (COB, gauche) ont été tués et trente autres blessés dans des affrontements avec la police. Trois gouverneurs de régions (Santa Cruz, Tarija et Pando) opposés au président Morales ont commencé depuis quelques jours une grève de la faim avec quelques centaines de sympathisants contre la gestion financière du gouvernement qui a fait baisser les revenus d’un impôt sur les hydrocarbures pour le redistribuer aux retraités les plus âgés. Les enseignants et les handicapés ont aussi protesté dans plusieurs villes contre la gestion gouvernementale. La Bolivie et ses neuf millions d’habitants semble toujours coupée en deux entre les régions andines de l’ouest, peuplées en majorité de paysans pauvres quechuas et aymaras, et le reste du pays andin formé de plaines agricoles et d’élevages et recelant de très importants gisements de gaz.