Le peuple tunisien, jeunes en tête, n’en pouvait plus d’être au chômage ou de gagner peu ou prou, n’en pouvait plus d’être privé de liberté d’expression et de voir la presse muselée. La rue a fini par obtenir gain de cause contre un pouvoir grabataire et une police corrompue et des plus répressives.

Après 23 ans d’exercice illimité du pouvoir, le président déchu est en partance. Comme si les Tunisiens avaient voulu anticiper tout règlement de compte sanglant à la Ceausescu. Faut-il rappeler que le général Ben Ali avait été celui qui avait „démissionné“ le président Bourguiba et l’avait assigné à résidence à Monastir quand il s’avéra incapable de conduire les affaires du pays? Ce n’est que peu à peu que le nouvel homme fort, qui avait poussé à l’émancipation des femmes et dont l’un des soucis majeurs était de contenir la montée de l’islamisme, est devenu celui qui a laissé un entourage pourri et une police violente briser le peuple et les libertés.

En provoquant de l’intérieur une révolution, la jeunesse tunisienne, fort bien formée dans son ensemble, provoque aussi la rupture. L’armée l’a bien compris et a joué jusqu’ici son rôle de protectrice du pays et du peuple en s’interposant entre les manifestants et la police et en veillant depuis hier soir au respect de l’état d’urgence.

Et comme il y a sans doute des hommes conscients des plaies sociales qui ont conduit aux événements sociétaux dont le point culminant fut la fuite du président, dans le parti au pouvoir comme dans l’opposition, la transition devrait se faire pacifiquement endéans des soixante jours pendant lesquels seront organisées les élections.
La Tunisie n’est pas l’Iran. C’est un pays arabo-musulman plutôt évolué où les mouvements islamistes sous-terrains n’ont pas véritablement pris pour l’instant. Avec un peu de chance et si elle reste résolument tournée vers l’avenir, la Tunisie devrait réussir sa mue.

Danièle Fonk