De Edouard Kutten

Le 4 septembre 1945 De Gaulle exalta “les principes puissants, généreux et féconds” sur lesquels s’est édifié le Régime d’après-guerre, c’est-à-dire la liberté, la justice et la souveraineté du peuple. Eglise et Vichy: Il ne fait pas de doute que les chrétiens et les hiérarchies religieuses supportaient Pétain et la “révolution familiale” en 1940. En 1934 déjà, Daladier fit adopter un Code de la famille qui satisfaisait les milieux catholiques.

Il fut clair pour les catholiques que le sens de la guerre qui commença en 1940 était d’un côté la défense de la patrie et de l’autre côté le juste combat de la civilisation chrétienne menacée non seulement par le nazisme, mais aussi par le bolchévisme. Comme en 1914 “l’Eglise de France” trouva les accents patriotiques et la réaction des politiciens fut identique en 1940. Le gouvernement de la République laïque reprit les chemins des Eglises.

Le 19 mai 1940 le président du Conseil P. Reynaud entraîna son gouvernement au grand complet à Notre-Dame pour prier pour la victoire de la France. Le 31 mai 1940 se tint une autre cérémonie “civilo-religieuse” au Sacré-Cœur et une troisième à Bordeaux le 25 juin 1940. Ces cérémonies “civilo-religieuses” sont de nouveau d’actualité de nos jours. On n’a qu’à se rappeler la participation de Macron le 26.7.2017 à l’office religieux pour le père Hamel. Churchill se servait du même stratagème pour “rassembler” la nation. Nommé premier ministre le 10 mai 1940, le “jeune” politicien invita ses ministres à assister à une cérémonie similaire, façon “british”.

La doctrine traditionnelle de l’Eglise catholique est celle de la soumission du peuple au pouvoir établi. Avec ce dernier l’Eglise a toujours trouvé un “moyen de s’arranger”. Mussolini, Franco, ainsi qu’Hitler avaient à la longue besoin de l’appui de l’Eglise pour “mâter” la population. Il n’est donc pas surprenant d’entendre proclamer haut et fort le cardinal Gerlier, primat de France en 1940: “Pétain, c’est la France et la France aujourd’hui, c’est Pétain.”

Et l’Eglise eut tôt fait de découvrir les “vraies raisons de la défaite”. Le péché fut stigmatisé comme cause première de la défaite et les catholiques furent appelés à la pénitence, appel qu’ils suivaient avec ferveur. Quel était donc ce péché? La Croix du 26 juin 1940 y apportait plus de clarté. En effet l’article de Mgr Saliège fut très explicite: “Pour avoir chassé Dieu de l’école, des prétoires de la nation, pour avoir supporté une littérature malsaine, la traite des Blanches …” Aucun mot sur la traite des noirs par contre, ce ne fut pas un péché, mais seulement du business où l’Eglise trouva du temps du colonialisme son intérêt et profit.

Mgr Gerlier devrait encore être actuel dans les milieux cléricaux en disant: “A force d’être laïcisée, la France risquait de mourir.” Des pèlerinages expiratoires furent organisés, comme après la défaite de 1870, et ces pèlerinages étaient un mélange de mysticisme et de vénération de Pétain. La fin d’une “France sans Dieu” aurait dû permettre une réconciliation nationale, modèle “vichyste”. Le ralliement de la hiérarchie catholique au gouvernement de Vichy sous le prétexte d’une “unité nationale” explique la récurrente condamnation de la Résistance par l’Eglise qui voyait en elle une “dissidence”.

Célébration de quelques prêtres

Après guerre et encore de nos jours, l’on ne parle plus de la politique de la hiérarchie de l’Eglise, l’on célèbre les quelques prêtres qui ont eu le courage de joindre la Résistance.
Mais pas n’importe quelle fraction, en aucun cas la Résistance communiste. Grâce à ces membres du clergé, les historiens ad hoc ont réussi à détourner l’attention de la hiérarchie ecclésiastique collaboratrice qui après 1944 reprit les rênes.

Moyennant cette manipulation furent oubliées les paroles de Mgr Suhard qui disait en septembre 1941: “L’Eglise toujours respecta l’autorité.” Un message de collaboration on ne peut plus clair. Le 17 février 1944 l’ACA (Assemblée des cardinaux archevêques) condamna tout acte de terrorisme contre les occupants nazis.

Il ne faut donc pas s’étonner du fait que pendant l’occupation les catholiques furent nombreux à avoir des postes importants. Ce soutien de l’Eglise au pouvoir temporel avait son prix. Il fallait en finir après guerre définitivement avec cette “République laïque”. L’alliance entre l’Eglise catholique et l’Etat arriva à son apogée le 15 août 1942 lors du pèlerinage national à Notre-Dame du Puy. En présence du nonce apostolique, de prélats et d’officiels militaires et civils, des messages du pape Pie XII et du maréchal Pétain furent lus après la cérémonie.

L’invasion de l’URSS par les nazis avait d’ailleurs inspiré bon nombre de ces Monseigneurs. Cette invasion faisait renaître chez eux des sentiments de croisade. Mgr Baudrillart déclarait au journal Toute la vie en juin 1941: „Voici les temps d’une nouvelle croisade.“
Après la guerre, l’anticommunisme était à l’ordre du jour et l’on s’efforçait officiellement d’attribuer à l’Eglise une attitude honorable face aux occupants nazis.

Patronat et Vichy: De 1943 à 1944 plus de 3.000 entreprises, surtout des PME, participèrent avec 300.000 ouvriers à la construction du “Mur de l’Atlantique” et de son “petit cousin” en Méditerranée. Les commandes allemandes étaient en 1942, par exemple, de l’ordre de 2,3 milliards de RM. La très grande majorité des patrons français avaient facilement accepté l’instauration du régime de Vichy. Dans la mesure où la collaboration engagée par le gouvernement dégageait des profits, elle fut facilement acceptée par le patronat.

Berliet accepta même dès 1941 d’orienter sa production au bénéfice de la “Wehrmacht” à laquelle il livra 10.000 camions. M. Boussac, qui avait fait fortune en 1914-18 en fabriquant de la toile pour avions et qui se trouvait en 1940 à la tête d’un concerne textile énorme, ne se gênait pas du tout à subventionner officiellement par exemple “l’ultra-collaboration parisienne”.

Mumm des champagnes, Dubonnet des spiritueux, ainsi que Cognacq militaient pour un rapprochement franco-allemand. L’industrie de luxe excellait dans les rapports de collaboration, car les Allemands aisés raffolaient du “frou-frou” parisien.

Les éditeurs voulaient aussi leur part du gâteau, et Grasset par exemple proposa de sa propre initiative d’épurer les catalogues d’offres des “mauvais auteurs”. Les bureaux de la „Propagandaabteilung“ étaient les premiers surpris par cette collaboration volontaire. Tout ceci n’empêcha pas bon nombre de patrons, sentant la défaite allemande en 1944, à nouer des contacts très discrets avec la Résistance, “la bonne” bien entendu, celle de De Gaulle.

Lisez la suite ce vendredi.

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