En vous adressant aux peuples d’Europe vous lancez un débat certes nécessaire, mais finalement ambigu. Je partage votre analyse sur les dangers guettant l’Union européenne, notamment les mensonges et les manipulations nationalistes. Mais votre missive épouse implicitement certaines idées véhiculées par les anti-européens, notamment la nécessité de revenir aux frontières nationales.

Robert Goebbels, signataire de l’accord de Schengen en 1985

Comment interpréter autrement les incantations aux „frontières qui protègent“, au „contrôle rigoureux des frontières“?

Quelles frontières visez vous en clamant: „la frontière, c’est la liberté en sécurité“?

Les frontières extérieures de l’espace Schengen réunissant les citoyens de 22 pays de l’Union et ceux de 4 autres pays européens, dont la Suisse?

Ou alors les frontières intérieures entre les pays d’Europe?

Vous préconisez de „remettre à plat l’espace Schengen“. Donc une renégociation des accords de Schengen, qui depuis le traité d’Amsterdam de 1997 font partie intégrante de l’acquis communautaire.

Faut-il vous rappeler, M. le Président de la République, que l’article 3.2. du traité sur l’Union européenne dit explicitement „l’Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, au sein duquel est assurée la libre circulation des personnes (…)“ ?

L’absence de tout contrôle de personnes

L’article 77 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule: „L’Union développe une politique visant: a) à assurer l’absence de tout contrôle des personnes, qu’elle que soit leur nationalité lorsqu’elles franchissent les frontières intérieures; b) à assurer le contrôle des personnes et la surveillance efficace du franchissement des frontières extérieures; c) à mettre en place progressivement un système intégré de gestion des frontières extérieures.“

Vous plaidez que tous les pays voulant participer à cet espace commun „doivent remplir des obligations de responsabilité“ et de „solidarité“, englobant „une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus“, une „politique des frontières commune“, un „office européen d’asile“.

En fait vous ne répétez que les obligations inscrites aux articles 77 et 78 du traité de Lisbonne. Pas besoin de convoquer une „conférence pour l’Europe“ et d’y associer des „panels de citoyens“, insistez au nom de la France auprès des autres chefs d’Etat et de gouvernement de mettre enfin en œuvre les visées inscrites dans le traité existant.
„Remettre à plat l’espace Schengen“ reviendrait dans la logique de votre ambition d’apaiser „les peurs qui traversent nos peuples“ à sacrifier un acquis essentiel de Union: la libre circulation des personnes.

Faut-il rappeler que chaque année plus de 1,5 milliards de nos concitoyens traversent sans contrôles les frontières intérieures de l’espace Schengen?

Que chaque jour ouvrable 2 millions d’Européens travaillent dans un pays limitrophe? Dont plus de 100.000 frontaliers lorrains à Luxembourg?

Que chaque année près de 20 millions de touristes de pays tiers visitent l’Europe et sa première destination touristique – la France – avec un „visa Schengen“?
Que le commerce transfrontalier est un élément essentiel du marché intérieur?
La Grande-Bretagne n’a jamais adhéré à l’espace Schengen. En théorie elle reste entourée de „frontières qui protègent“. Qui n’ont épargné au Royaume-Uni ni la criminalité, ni l’immigration clandestine, ni des attentats terroristes.

La réintroduction éventuelle de contrôles aux frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande reste le principal casse-tête pour un Brexit ordonné.

L’Europe de la liberté que vous appelez de vos vœux, M. le Président de République, ne pourra pas se faire aux dépens de la libre circulation des personnes.

Une Europe assurant la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux, mais instaurant à nouveau „un rigoureux contrôle“ aux frontières intérieures de l’espace Schengen ne serait que le „marché sans âme“ que vous dénoncez à juste titre.

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