La santé des citoyens européens devrait être la première des préoccupations de la Commission européenne. Tout montre que tel n’est pas le cas et que les questions de santé sont régulièrement négligées ou subordonnées à des intérêts économiques.

De Jean Feyder (ancien ambassadeur)

Sinon comment comprendre que la Commission s’est si longtemps montrée aussi laxiste au sujet des émissions de gaz très toxiques par les voitures? Et que nous avons dû attendre des révélations aux Etats-Unis pour connaître le trucage auquel les producteurs de voitures en premier lieu allemands ont eu recours pour échapper au respect des normes en vigueur? Le scandale du „dieselgate“ est responsable de la mort prématurée de milliers de citoyens européens. Encore en décembre dernier, le tribunal de l’Union européenne a jugé les limites d’émissions des diesels fixées par la Commission européenne „trop élevées“, ce que Anne Hidalgo, la maire de Paris et une des actrices de cette action en justice, a considéré comme „un permis de polluer“. Une autre question, pas moins sérieuse, est celle de l’importance d’une alimentation saine qu’illustre le problème du glyphosate et son impact sur la santé.

En novembre 2017, une majorité d’Etats membres de l’Union européenne ont voté en faveur d’une extension de cinq ans de l’autorisation d’accès au marché de l’UE pour le glyphosate, conformément à une proposition de la Commission européenne.

Un des pesticides les plus utilisés au monde

Le glyphosate est l’un des pesticides les plus utilisés au niveau mondial sous le nom de „Roundup“. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a caractérisé le glyphosate comme étant „probablement cancérigène“ en précisant qu’il y a de fortes preuves de sa génotoxicité. Peu après, l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) a, au contraire, estimé „peu probable“ le danger cancérogène du glyphosate. En 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) est également arrivée à la conclusion que le glyphosate n’est pas cancérigène ou mutagène. EFSA et ECHA conseillent la Commission européenne. Celle-ci s’appuie toujours sur les avis de ces agences pour formuler ses propositions de normes alimentaires et semences OGM.

La même année, une large coalition d’ONG européennes avait lancé une initiative citoyenne européenne (ICE) pour demander une interdiction de l’herbicide glyphosate. L’ICE a été soutenue par 38 organisations de 15 pays différents et a réuni 1,3 millions de signatures. En même temps, les révélations de la justice américaine ont introduit un nouvel élément dans les débats. Celle-ci a autorisé la publication de 250 pages de documents internes de Monsanto. Cela s’est produit dans le cadre d’une procédure judiciaire lancée à la suite d’une plainte collective déposée par des centaines de travailleurs agricoles contre Monsanto en Californie. Ils souffraient de cancer du sang après contact avec le glyphosate lors de leur travail. Ces documents montrent que, dès 1999, Monsanto s’est préoccupée du potentiel mutagène et de la génotoxicité possible du glyphosate. James Parry, professeur d’université, reconnu aux Etats-Unis comme un des papes de la génotoxicité, avait exprimé ses préoccupations concernant le glyphosate dans un rapport adressé à Monsanto, mais l’entreprise ne l’a jamais publié.

La question de l’indépendance

La dispute sur l’impact du glyphosate n’a cessé d’aggraver la crise de confiance dans le système européen d’évaluation des risques pour la santé et l’environnement. Le 16 décembre 2015, la Cour de justice de l’UE a condamné la Commission pour inaction dans la question de l’identification des perturbateurs endocriniens. Début 2016, le médiateur européen avait sévèrement condamné le laxisme de la Commission européenne en matière d’autorisation des pesticides. Pour formuler son avis sur le glyphosate, le CIRC de l’OMS a pris en compte quelque mille études provenant de la littérature scientifique. EFSA et ECHA, au contraire, n’ont pas procédé à leurs propres études, mais ont basé leur avis sur un rapport de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques le BfR – Bundesinstitut für Risikobewertung – sollicité selon les procédures de l’UE. L’évaluation du BfR a conclu que les substances de pesticides ne seraient pas génotoxiques.

Il a été reproché au BfR d’avoir utilisé des critères favorables à l’industrie et de ne pas avoir observé la distance critique nécessaire à l’égard des producteurs de pesticides. En octobre 2017, le contrôleur de plagiat Stefan Weber „a présenté à Berlin un avis accablant: Le BfR a repris dans son rapport des passages entiers d’autres études, en partie mot-à-mot, et en a occulté sciemment l’origine. Il est manifeste que le BfR n’a pas procédé à une évaluation propre des études mentionnées.“ Une fraude scientifique évidente! Une autre critique s’adresse à la législation européenne sur les pesticides: elle a été conçue entièrement en fonction des besoins des producteurs, soucieux avant tout d’introduire leur produit sur le marché.

En octobre 2017, une commission conjointe agricole et environnementale du Parlement européen avait organisé une audition d’experts sur les études menées sur le glyphosate par EFSA et ECHA. Ceux-ci ont affirmé que de larges extraits des avis de ces agences ont été copiés de rapports de Monsanto.

Crise de confiance

Si la Commission européenne veut éviter de nouvelles pertes de confiance auprès des citoyens européens, elle doit, d’urgence, tirer les conclusions de toutes ces révélations et introduire un nouveau système d’évaluation de ces risques pour la santé et l’environnement. Il doit être réellement indépendant. Une amélioration de ce système est également demandée à la Commission par un récent rapport que le Parlement européen a adopté en janvier dernier. Le glyphosate est utilisé pour un grand nombre de désherbants, comme le „Roundup“, pour tuer les plantes nuisibles. L’agriculture conventionnelle utilise un grand nombre de pesticides afin de garantir les rendements et d’éviter des pertes de récoltes par des maladies ou les mauvaises herbes.

Le commerce du glyphosate vaut des milliards. En 2012, le chiffre d’affaires mondial des produits à base de glyphosate s’élevait à 5,46 milliards de dollars. Vers 2020, il devrait atteindre la limite des dix milliards. En 2015, Monsanto seul a enregistré avec le „Roundup“ un chiffre d’affaires de près de cinq milliards et un bénéfice de près de deux milliards. Six grandes entreprises comme Monsanto, Syngenta ou Bayer Crop Science produisent, en une année, plus de 700.000 tonnes de ce produit.

Monsanto est même allée jusqu’à payer des scientifiques prêts à signer et à publier des textes que l’entreprise avait elle-même préparés défendant le glyphosate. Quelques scientifiques ont accepté cette proposition. Une autre fraude scientifique!

Dose quotidienne de poison

Pas sûr que vont se poursuivre les bonnes affaires de Monsanto qui a été racheté en 2018 par Bayer. Cette année, un tribunal californien a condamné Monsanto à payer une lourde indemnité à un jardinier ayant utilisé du glyphosate et qui a été atteint par un cancer mortel. Depuis lors, l’action de Bayer n’a cessé de chuter. Un deuxième jugement d’un tribunal fédéral de Californie s’est prononcé dans le même sens. Quelque dix mille autres recours contre Monsanto ont été lancés.

Les pesticides sont gravement nocifs pour la santé publique. Ceci vaut avant tout pour les fermiers qui épandent ces produits sur les champs. Plusieurs études sur l’exposition aux pesticides dans l’exercice d’une profession, ont montré qu’une exposition accrue est en lien direct avec une plus grande fréquence de différents cancers (poumons, prostate), ainsi que de maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer. Alors que les personnes actives dans l’agriculture absorbent les produits toxiques par l’air, la peau et la nourriture, les consommateurs le font avant tout par la nourriture. Des résidus de pesticides se trouvent dans 80% des fruits et légumes. Certains échantillons de denrées alimentaires montrent la présence de plus de 20 résidus de pesticides différents.

A l’occasion de chaque repas, nous avalons tout un cocktail de pesticides. Il existe des seuils de tolérance pour ces résidus sur les denrées et dans les denrées. Mais les consommateurs ne peuvent se protéger qu’en achetant des produits bio présentant une charge nettement plus réduite que les denrées issues de l’agriculture conventionnelle. Des études menées sur plusieurs années ont établi que l’alimentation bio réduit de 25% les risques de cancer.

La cause de nombreux dommages environnementaux

Les pesticides sont la cause de nombreux dommages environnementaux. Ils polluent des nappes phréatiques et les réserves d’eau potable, détruisent la couche d’ozone, réduisent la biodiversité, contribuent à la mort des abeilles et des oiseaux. Tous ces dommages n’apparaissent sur aucune facture. Si l’industrie des pesticides devait assumer ces coûts, beaucoup des produits hautement toxiques auraient déjà disparu du marché, écrit la „Déclaration de Berne“.

Le monde pourrait très bien se passer de la plupart des pesticides. C’est la conclusion que tire le rapport sur l’agriculture mondiale, sans doute la plus grande étude réalisée sur l’agriculture d’aujourd’hui. Nonobstant les affirmations des entreprises multinationales de l’agrobusiness, il est parfaitement possible de produire suffisamment de nourriture avec une agriculture durable, biologique, sans OGM et sans pesticides, pour une population mondiale croissante.

4 Kommentare

  1. “Le scandale du „dieselgate“ est responsable de la mort prématurée de milliers de citoyens européens” Je voudrais bien remédier à ça, hélas on ne me laisse pas. J’en ai fait des demandes au constructeur de mon vieux Diesel, au DUH, au ministère de l’écologie, au ministère des transports, au ACL et à FEGARLUX.

  2. Je relève de graves erreurs et un gros parti-pris dans ce billet d’humeur. Tout d’abord le CIRC n’a pas trouvé de “fortes preuves” de la génotoxicité du glyphosate dans son évaluation. Au contraire, le CIRC précise avoir des preuves “limitées” de sa génotoxicité chez les humains. Ensuite, l’auteur prétend que “Pour formuler son avis sur le glyphosate, le CIRC de l’OMS a pris en compte quelque mille études provenant de la littérature scientifique. EFSA et ECHA, au contraire, n’ont pas procédé à leurs propres études, mais ont basé leur avis sur un rapport de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques”. C’est malhonnête de prétendre cela. Sur leur site, le CIRC affirme avoir évalué environ mille études (et pas des milliers). Sur son site, l’EFSA affirme avoir évalué environ 1500 études et 1000 publications (et pas uniquement le rapport du BfR). Ni le CIRC, ni l’EFSA ou l’ECHA n’ont mené leur propres études, ce sont toutes des agences d’évaluations qui examinent les études faites par d’autres. Mais l’auteur insinue dans son article que le CIRC, contrairement à l’EFSA, conduirait ses propres études. Enfin, l’auteur ne mentionne nulle part que le CIRC a évalué le danger théorique que la substance puisse causer un cancer, tandis que l’EFSA a évalué le risque que la substance puisse causer un cancer, compte-tenu des niveaux d’exposition auxquels les humains sont exposés dans la vie réelle. Les deux résultats, même s’ils divergent, ne devraient pas être nécessairement contradictoires, en théorie. Il y a sans doute encore des effors à faire pour améliorer l’évaluation des risques au niveau européen. Mais la confiance envers les institutions, elle est avant tout ébranlée par des articles insidieux et mensongers comme celui-ci. Jean Feyder n’a pas confiance en la Commission européenne. Après ce que je viens de lire et les “erreurs” que je viens de relever, il m’est difficile de faire confiance à ce Mr. Jean Feyder.

  3. Yvonimajneb essai de semer le doute tels les scientifiques malhonnêtes engagés à prix d’or justement comme “semeurs de doute”. M. Feyder a relevé a juste titre le scandal qui est que le lobbyistes ont manipulé les organismes de contrôle. Il n’y pas d’eureur dans son raisonnement, et de nombreux pays arrivent à juste titre au même conclusion. Au contraire c’est Yvonimajneb qui occulte le point important: si justement les choses ne sont pas clairs, il convient- c’est l’appoche traditionnelel europ.- de s’abstenir. D’autant plus que le round-up n’est pas un médicament mais un produit de commodité destiné in fine à booster le rendement agricole pour augmenter les bénéfices. Pour un médicament indispensable, il conviendrait effectivement d’accepter des risques au regard des bénéfices, mais certainement pour un produit tue-plante.

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