Jean Schiltz*

Pour autant que l’on puisse, dans un environnement très hostile, parler de liberté, celle de la femme devait bien être égale à celle de l’homme à l’aube de l’humanité. Du moins jusqu’à l’avènement de la parole, qui est vite devenue celle de l’homme et donc de dieu.

Depuis, la liberté des femmes, toujours prête à éclore, est restée enfouie sous l’écrasant discours mâle. Le jour ou l’homme n’a plus peur de la femme libre, marque le début de la liberté de penser masculine. C’est le jour ou l’homme accepte de restreindre les libertés prises pendant des siècles avec les femmes, comprenant que sa liberté de penser est à ce prix.

Norbert Campagna accorde à la femme un droit absolu et imprescriptible au refus de la maternité, mais lui refuse le paragraphe deux, alinéa trois de cette même loi qui est en toute logique le droit à l’avortement, après le 1.000.000e agissement journalier irresponsable et irrespectueux d’hommes vis-à-vis de femmes sur cette planète.
N. Campagna a toute sa liberté pour ne pas accepter le droit à l’avortement, mais vouloir croire à la possibilité pour le moins improbable d’un comportement éthique et moral de tous les hommes vis-à-vis des femmes en vue de rendre cette loi superflue, témoigne d’une naïveté certaine.

J’imagine qu’en général, excepté dans l’acte amoureux entre deux adultes consentants, l’homme qui pénètre une femme se fout royalement d’un éventuel ovule en travers de sa route, sous l’emprise de la testostérone et tout à son plaisir ou sa haine.
N. Campagna dit: Un homme qui féconde sciemment l’ovule d’une femme alors que celle-ci ne veut pas d’une telle fécondation, porte atteinte à l’intégrité physique de la femme – et je dirais même qu’il est encore plus répréhensible, du moins moralement parlant – que l’acte de mettre volontairement sa main sur les fesses d’une femme alors que celle-ci ne le veux pas ou peut être supposée ne pas le vouloir.

A cela je répondrai que statistiquement la propension à la fécondation suite à un attouchement mâle des fesses d’une femme est infinitésimale et que le viol de l’intégrité physique de la femme est perpétré bien en amont de la fécondation toujours aléatoire de l’ovule.

N. Campagna craint en outre que le discours pro-avortement de nombreuses et nombreux féministes ne fasse le jeu des salops. Ces derniers, en d’autres mots, profiteraient pour se payer impunément des salopes dont l’avortement ultérieur serait envisagé comme une simple formalité à charge du Tiers Payant.

Tout cela pour dire aux femmes que leurs plus grands ennemis ne sont pas ceux qui refusent de faire de l’avortement l’objet d’un droit fondamental, mais au contraire ceux qui les mettent dans une situation qui les contraint à recourir à l’avortement. A cette fin il conviendrait d’après N. Campagna, le cas échéant et à la condition de bien y réfléchir, d’éventuellement qualifier pénalement l’acte de fécondation non désirée.
Oubliée, la quadrature du cercle. Ici il s’agit carrément de légiférer sur le futur antérieur et je doute fort que la pénalisation de l’acte de fécondation non désirée fasse le même effet que la pilule du lendemain.

On pourrait ainsi continuer à se contorsionner à l’infini; il restera toujours simplement à prendre une décision, une fois la grossesse non désirée constatée. Comme celle-ci est à l’évidence à mettre sur le compte de l’un d’entre nous, les hommes, la moindre des choses à exiger pour nous tous, serait de nous retirer sur la pointe des pieds, en nous taisant pour une fois, avec une pensée pour Ludwig Wittgenstein, et laisser à la femme dans le pétrin la liberté de décider en toute liberté comment continuer sa vie à elle.

Avec ou sans avortement. C’est là le prix de la liberté de la femme. Un prix très élevé à payer, quelque soit la décision finale. Tant qu’il y aura des hommes, un droit fondamental à l’avortement s’impose.

* L’article est une réaction à l’article de Norbert Campagna “La vraie libération de la femme” publié le 7 juin au Tageblatt.

1 Kommentar

  1. Bravo.Excellent.
    “Et l’homme créa dieu d’après son image et la femme d’après son goût et les prêtres,prêcheurs de morale,pour faire respecter la foi en dieu.”

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