Attention, danger!

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Il est un appauvrissement plus dangereux que tous les autres, un appauvrissement rampant, pernicieux, aux effets politiques ravageurs.

Les idéologues du nazisme, Hitler et Goebbels en tête, le savaient bien. C’est en créant l’allemand écrit et parlé nazi, cet allemand méthodiquement appauvri, qu’ils ont jeté les bases de leur système totalitaire dont le bilan est connu. Autrement dit: sans l’appauvrissement de la langue, lien premier entre tous les individus, il n’aurait pas été possible de conduire (führen) tout un peuple (Volk) dans une guerre (totaler Krieg) supposée nécessaire pour élargir l’espace de vie (Lebensraum) de la „race aryenne“, ni de pousser ce même peuple à la destruction (Vernichtung) des Juifs.

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Victor Klemperer, le philologue auteur de LTI (Lingua Tertii Imperii) paru en 1947, a pu démontrer comment les moyens infinis (grammaire, syntaxe, vocabulaire) d’une grande langue ont été systématiquement subordonnés aux objectifs politiques du nazisme. En tant que linguiste, il était en mesure de comprendre la portée qu’aurait finalement le contrôle absolu des mots et du sens nouveau des mots. En tant qu’Allemand juif, victime de la spoliation et du détournement de la langue, il a laissé, avec LTI, un message fort aux générations d’aujourd’hui: Ne laissez plus jamais la langue s’appauvrir, car l’appauvrissement est le premier pas vers les abus de plus en plus graves.

En ce début d’année (électorale), où l’on fait volontiers des voeux sensés, celui de votre chroniqueur découle du manque d’attention et de soins porté aux langues dans la vie quotidienne et surtout dans l’enseignement. Le voeu de voir retourner l’apprentissage approfondi des langues au premier plan politique peut paraître hors contexte (économique, social même), mais il suffit de réfléchir un tout petit peu pour le prendre quand même au sérieux.

En France, grand pays voisin et ami, dix pour cent de la population, soit près de sept millions de personnes, ne possèdent que 500 mots pour s’exprimer dans la vie courante. Il est évident qu’ils sont spoliés et exploités d’une façon permanente dans la société contemporaine issue de l’économie de marché. Ils ratent leur vie parce qu’on ne leur a donné aucune vraie chance de la réussir.

Le pourcentage de quasi-illettrés relevé en France vaut sans doute pour la plupart des Etats post-industrialisés. Il signifie, aussi, que ces gens n’ont pas accès à la pensée des grands penseurs, écrivains, poètes du passé et du présent, et que, par conséquent, l’appauvrissement de la langue dont ils sont les victimes fait d’eux des exclus: comment par exemple, pourraient-ils tirer profit des richesses culturelles accumulées pendant des siècles?

Les enquêtes ont donné un autre résultat effarent: la plupart des adultes (français) maîtrisent 3.000 mots, dont la moitié sont pratiqués, et les autres compris plus ou moins bien. C’est suffisant semble-t-il pour “communiquer”, pour “participer”, pour “comprendre”.

Comment s’étonner dès lors que les langages politique, professionnel, publicitaire, etc., etc. glissent de plus en plus vers la simplification, laquelle, poussée trop loin, équivaut tout bonnement à la falsification.

Mais tout cela arrange bien du monde. Les mauvais esprits ont toujours su tirer profit (politique, économique) de ce qu’entre eux, ils appellent “la bêtise”.

Il est temps, amis, de se lancer dans la bataille pour le revalorisation des langues partout, en famille, à l’école, dans les entreprises, en public!

5 Kommentare

  1. Wien de Vokabulär net huet, huet keen Zougrëff op dat, wat déi beschten Leit geduecht a geschriwwen hunn. Dat as politesch nët ze veräntwerten.

  2. Même si le ministre Meisch était de vos lecteurs, il ne se remettrait pas en cause. Il considère que sa mission se limite à la fourniture de jeunes « employables » aux entreprises. Triste.

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