De son côté, dans une collection intitulée “La corne d’abondance”, le Britannique Alexander McQueen a mis en scène des créatures au teint pâle, aux lèvres épaissies et outrageusement fardées, déambulant autour d’un énorme tas de (faux) déchets.
Il fait se téléscoper des motifs pied de poule de tailles différentes dans des tailleurs très structurés, portés avec des cuissardes, très présentes sur les podiums cette saison. Les robes noires presque inquiétantes se colorent de rouge, des robes-housses ou trapèze s’ornent d’oiseaux noirs. Une robe longue se porte sur une armure qui dissimule le visage. Le défilé, très applaudi, s’achève sur la vision de deux femmes-oiseaux, en spectaculaires robes de plumes qui n’ont rien à voir avec du prêt-à-porter mais suscitent l’enthousiasme du public. Plus tôt dans la journée, sous la verrière du Grand-Palais, Karl Lagerfeld a séduit ses invités avec des silhouettes en noir et blanc mais aussi en vert jade et rose layette.
Pas de décor extravagant: les mannequins entraient et sortaient d’une série de pièces délimitées par des cloisons blanches portant en lettres noires le nom Chanel.
Les petites robes noires se parent de collerettes blanches, irrégulières et effilochées. Les manches s’ornent de manchettes blanches plissées, barrées de noir ou portant un camélia blanc. Les deux accessoires sont amovibles. “La collection s’appelle Chanel Belle Brummel” en référence à Beau Brummel, dandy anglais qui, au XVIIIe siècle, “a inventé les vêtements sombres pour homme avec comme point de mire les cravates, les écharpes, les cols, les manchettes”, explique Karl Lagerfeld. Le vert jade se décline en touches ou colore intégralement un pantalon fluide et une veste en tweed. Les filles portent aussi des pantalons ou une robe-pull rose pâle, les épaules recouvertes d’un court poncho. La maille a “un côté cocooning”, souligne le couturier. Chez Jean-Charles de Castelbajac, pas question de s’alanguir chez soi. Un trio de musiciennes se déchaîne au micro et la grande bouche pixellisée du décor crache à un rythme rapide des silhouettes bariolées. Micro-blouson en accumulation de peluches sur jupette rouge vif, trench à impression léopard sous plastique, jupe-boule comme une tête de léopard, robe-bustier en cheveux sous plastique, tailleur-pantalon à impression cartoon, tour du cou en peluche “Kermit la grenouille”, robes à effigies: la collection résume l’univers du créateur. Il explique avoir voulu “revisiter” ses créations “avec l’idée de ne pas faire des vêtements comme de l’art mais de faire de vrais vêtements. J’essaie des choses qui sont +des classiques mais décalés+”, dit-il. Chez Valentino, le duo de stylistes Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli a proposé une collection idéale pour cocktails chics, en petites robes sans manches, au buste parfois drapé. Elles se réchauffent de capes à l’ourlet bordé d’une épaisse fourrure, d’un manteau ou d’un boléro en fourrure en dégradé de verts. Les manches kimono d’un manteau se parent de pierreries et de fourrure. Les tailleurs adoptent des vestes qui peuvent aussi jouer les capes. Outre le noir, la palette des couleurs comprend des verts, bleus, rouges, jaunes, or…. “Nous aimons ce qui est somptueux”, résume Maria Grazia Chiuri.