Contemporain de la Nouvelle vague mais en marge de tous les courants, ce cinéaste ambitieux à la carrière en dents de scie travailla notamment avec Jacques Audiberti (“La poupée”, 1962), Fernando Arrabal (“Piège”, 1969) ou Christiane Rochefort sur “La décharge” (1970), dénonciation humoristique des excès de l’urbanisme sauvage, remaniée sous le titre “La Ville-Bidon” (1976). Cet homme timide et discret qui fut l’ami de nombre des comédiens qu’il avait dirigés, parmi lesquels Claudia Cardinale, Bernadette Lafont ou James Thiérrée, avait “l’impassibilité apparente, l’oeil inquiétant et le côté fou-froid de Buster Keaton”, disait Henri Jeanson. Né à Montpellier le 3 mars 1918 et licencié en droit, Jacques Baratier de Rey débute fait d’abord une belle carrière dans le court métrage, notamment avec “Désordre” (1949) sur Saint-Germain-des-Prés, “Métier de danseur” (1953) ou encore “Paris la nuit” (1956 co-signé avec Jean Valère) qui décroche l’Ours d’or au Festival de Berlin et le Prix Lumière. Filmé en Tunisie, son premier long métrage “Goha le simple” avec Omar Sharif et une Claudia Cardinale débutante de seize ans, mêle le réalisme des décors captés dans une belle photographie en couleurs, à la poésie intemporelle de Georges Schéhadé, auteur du scénario. Chaleureusement accueilli par la critique, “Goha” n’a qu’une sortie en salles confidentielle malgré son sacre cannois. Par la suite Baratier enchaîne des projets très personnels, à l’écart des circuits de production classiques. “Je cassais toutes les chances. J’avais vis-à-vis des producteurs, l’attitude d’un fils révolté. Je sacrifiais le producteur ou le film : dans les deux cas, ça ne marchait pas”, disait-il en 1976, après son seul grand succès commercial : “Dragées au poivre” un film burlesque et satirique avec Guy Bedos. En 1985, il avait réalisé “L’araignée de satin” adaptée de la pièce de Grand-Guignol “Les détraquées”, pour certains son meilleur film.