De Jean Feyder, ancien ambassadeur 

Le 16 octobre de chaque année, nous célébrons la Journée mondiale de l’alimentation. Cette occasion nous permet de nous rappeler que l’agenda sur les objectifs de développement durable adopté en 2015 prévoit l’élimination de la faim d’ici 2030. Quatre ans plus tard, les perspectives de réalisation de cet objectif s’éloignent. Car pour la troisième année consécutive, les rapports de l’Organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (OAA/FAO) font état d’un niveau croissant de la faim dans le monde.

Ce sont désormais 821 millions qui en sont affectés contre seulement 777 millions en 2015. S’y ajoute que plus de deux milliards de personnes se trouvent dans un état d’insécurité alimentaire modéré ou sévère.

La faim dans le monde ne s’explique pas par un manque de production de produits alimentaires. La production de céréales pourrait suffire à nourrir facilement 10 milliards d’êtres humains, trois milliards de plus que les 7 milliards qui vivent actuellement sur la terre. Le fait est qu’un tiers de la production est utilisé pour nourrir notre bétail. Il s’agit, pour l’essentiel, de soya exporté par les Etats-Unis et l’Amérique latine et notamment le Brésil où cette production est liée à une vaste déforestation, à des méthodes de production non durables à base d’OGM et de pesticides et, plus récemment, à la propagation de vastes incendies de l’Amazonie. Un autre tiers est utilisé pour produire des agro-carburants ou bien il est gaspillé. Aux Etats-Unis, la moitié du mais produit sert à la production d’éthanol et 30% de l’huile de soya est utilisé pour celle de biodiesel.

Taux d’obésité en hausse

Ces réalités sont ignorées par l’agro-business et des institutions agro-alimentaires occidentales qui ne cessent de répéter que, face à une population mondiale croissante, il importe avant tout d’augmenter la production agricole. Or, plus de 70% des produits alimentaires consommés dans les pays en développement où la faim sévit, sont produits dans ces pays et en majorité par de petits paysans. Pour ce faire, ils n’utilisent que 30% des ressources agricoles. Un pourcentage qui ne cesse de diminuer. L’agriculture industrielle en revanche utilise 70% de ces ressources pour nourrir seulement 30% de la population mondiale.

C’est en premier lieu dans les zones en conflit qu’une détérioration des conditions alimentaires est observée, souvent amplifiée par des sécheresses, des inondations en partie liées aux chocs climatiques.

L’insécurité alimentaire risque également d’être aggravée par les accords de libre-échange conclus entre pays industrialisés et pays en développement. A l’instar des accords de partenariat économique conclus entre l’Union européenne et les pays africains dont plusieurs ont été récemment ratifiés par notre Chambre des députés. Ces accords ouvrent encore davantage les marchés de ces pays à nos exportations à des prix dumping de produits agricoles tels le lait en poudre, la viande de poulet et les céréales ruinant les conditions d’existence de millions de petits producteurs et leurs familles.

Risque accru de maladies chroniques 

S’y ajoute une tendance nouvelle: les Etats industriels abandonnent de plus en plus leur pouvoir de régulation des multinationales en concluant avec celles-ci des accords de partenariat public-privé. Visant à favoriser les investissements du secteur privé dans les pays en développement. Hélas, les multinationales procèdent ainsi de plus en plus dans ces pays à des pratiques d’accaparement de terres aux dépens de petits producteurs qui perdent leurs maigres ressources de production et connaissent des problèmes de sécurité alimentaire accrus.

Le problème de l’obésité – affectant déjà 640 millions en 2014 – continue de gagner du terrain dans toutes les régions du monde. Certains pays se trouvent confrontés à des taux élevés à la fois de dénutrition au sein de la population infantile et d’obésité au sein de la population adulte.

L’obésité accroît le risque de maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardio-vasculaires, les maladies de la vésicule biliaire et diverses formes de cancer.

Ce sont les villes, concentrant aujourd’hui 50% de la population mondiale, qui connaissent des taux plus élevés d’obésité. Partout aujourd’hui, les régimes traditionnels de céréales et de légumes cèdent le pas à des aliments hautement transformés et à des repas riches en graisses et en sucres. Cette tendance est renforcée par l’importation croissante dans les pays émergents et en développement d’aliments du monde industrialisé. Ces produits sont offerts dans les supermarchés que les grands groupes alimentaires sont prompts à mettre en place dans ces pays à la faveur des accords de libre-échange conclus.

Une violation des droits humains

Souffrir de la faim est une violation flagrante des droits humains. Chaque être humain a le droit d’avoir une nourriture suffisante et d’être à l’abri de la faim, comme le proclame l’article 11 du Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels.

L’adoption de la déclaration sur les droits des paysans par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2018 permet de franchir un autre pas dans ce combat. Sa mise en œuvre est maintenant à l’ordre du jour de nos gouvernements. Elle offre une occasion pour se concentrer sur des problèmes cruciaux qui se posent aux petits paysans partout dans le monde et pour leur assurer la jouissance des droits fondamentaux que leur reconnaît cette déclaration comme le droit d’être à l’abri de la faim, celui de l’accès aux semences et de l’accès à la terre.

1 Kommentar

  1. Die im Überfluss Lebenden verschwenden ihre Nahrung, derweil die Armen in den Hungerländern an Unterernährung leiden und sterben. 200 Mio Kinder sind weltweit krank. Hauptursache Mangel-oder Unterernährung und verschmutztes Wasser. Bei uns leiden Millionen Menschen, inkl. Kinder, an den Folgen von Überenährung resp. falscher Ernährung. ” Ironie du sort ” ! Aber es müsste nicht so sein. Um eine Aussicht auf Besserung steht es schlecht. Es werden jährlich so viele Erklärungen auf immer neue Rechte ausgearbeitet und veröffentlicht, dass sie kaum noch wahr-und ernst genommen werden. Dabei würde die Erklärung der Menschenrechte vollauf genügen, wenn sie denn endlich einmal durchgesetzt und in die Tat umgesetzt würde.

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